mardi 18 juillet 2017

Avant Internet, première partie



L'histoire d'internet grand public est certes courte (une vingtaine d'années), mais a à ce point changé la face du monde, qu'il y a déjà beaucoup a en dire. Et puis ses débuts étaient un temps que justement, les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Si vous vous demandez à quoi ça ressemblait, ou si vous étiez trop petit(e) pour bien vous en rappeler: comment c'était internet grand public avant et  au début ?

Comment faisait- on avant internet? 




Le premier modem date de 1958, mais internet sera longtemps réservé à l'armée, puis aux universités, sans que le public en entende parler avant le milieu des années 1990; justifié par le fait que son développement sera lié à l'explosion de la micro informatique domestique à partir des années 1980.





Donc: comment  faisait on avant? Je ne pourrais pas parler de l'époque d'avant la télé, ou de la chaîne de télé unique parce que je ne l'ai pas connue. Je ne suis pas si âgée...Mais je l'ai dit, aujourd'hui, même sans être très vieux, nous sommes nombreux à nous remémorer l'avant internet, même si la plupart seraient déjà perdus s'ils devaient y retourner.



Donc, l'essentiel de l'info et des distractions audiovisuelles passaient par la télévision. C'était l'époque des émissions jeunesse qui duraient plusieurs heures le mercredi, que tous les enfants regardaient, au point d'être largué en cour de récréation si vous ne suiviez pas vous aussi.



Des informations très centralisées donc. Les médias libres, ou les sujets de niche, vous ne trouviez ça que dans les fanzines (magazines amateurs) qu'il fallait savoir où dégoter, et sur certaines "radios libres" existant de façon légale depuis 1981.


Mais auparavant, elles émettaient aussi illégalement (les radios pirates).















 Une émission radio amateur, c'était un peu comme faire son blog: n'importe qui pouvait le faire avec le bon matériel, et sur n'importe quel sujet. Le seul ennui, c'est qu'il fallait pouvoir capter: l' émetteur ne couvrait que quelques dizaines de kilomètres.




Pour les radios nationales, il existait des émissions "spéciales", permettant de discuter avec un spécialiste. Par exemple, sur Fun radio , on pouvait poser ses questions au "Doc" (un pédiatre) de   1992 à 1996, dans l'émission Lovin' Fun après 22h. Des questions  d'ados sur la puberté, mais aussi il faut bien le dire, le sexe.


J'ai même souvenir d'être un jour tombée sur une émission dans laquelle l'auditeur pouvait parler d'une personne qu'il ou elle détestait , puis déverser les insultes de son choix sur celle-ci pendant 30 secondes!



Sinon, à part à la radio, on pouvait parler de ses problèmes et demander des solutions dans la presse, à la rubrique "courrier du cœur." Essentiellement, il s'agissait de problèmes d'amour, d'où le titre. Evidemment, c'était à chaque fois avec le risque potentiel que des milliers d'auditeurs ou de lecteurs soient au courant de vos problèmes...




 J'ai un peu connu l’époque du "sans enregistrement et sans magnétoscope". Comprendre que le seul et unique moyen de suivre quelque chose à la télé (depuis les débuts du média), était de se trouver devant l'écran à l'heure dite, sinon rien à faire à part trouver quelqu'un ayant vu le programme pour  vous raconter.



Ça donnait des situations embarrassantes et parfois peu courtoises comme des conversations coupées court: "Excuse-moi, mon feuilleton (ou le match) va commencer" et des choix cornéliens entre un rendez-vous avec quelqu'un et celui de la télé. Ça explique en partie les téléviseurs dans les bars (notamment pour les retransmissions sportives) , ou les gens collés à la devanture des magasins électroménagers qui avaient presque toujours un téléviseur allumé dans la vitrine.



Même quand on était là, il y  avait aussi l'exigence du "perfect timing". Entendez qu'il n'était pas rare de louper les premières minutes des programmes si on rentrait en retard, si on était retenu à table, etc. C'est pourquoi dans Télé 7 jours, chaque film avait sa rubrique "si vous avez manqué le début", qui était le résumé détaillé du tout  début de l'histoire.



Vous ne voyez pas ce qu'est Télé 7 jours? C'est un magazine télé, c'est à dire un magazine contenant la grille détaillée des programmes (seule façon de les connaître à l'époque).



Sinon, rater la fin des films et émissions était presque aussi courant, si, comme tous les enfants, vous deviez vous coucher tôt.



Il existait deux chaînes depuis 1967 (TF1 et Antenne 2, plus tard France 2), trois depuis 1972 (FR3, puis France 3), quatre depuis 1984 (Canal+), cinq depuis 1986 (La Cinq, disparue en 1992), et 6 depuis 1987 (M6).

Quoique: pour capter canal +, il fallait un décodeur, et la Cinq et M6 ne pouvaient pas être captés partout (M6 par exemple, chez moi: je ne la voyais que chez mes cousins).





Et depuis cette époque les familles avaient pu expérimenter le principe de la "guerre civile", à savoir deux personnes d'un même foyer souhaitant voir deux programmes différents avec un seul écran. Surtout du temps où les postes coûtaient cher.



Mais ils se démocratisent à partir des années 1970, et on prit l'habitude d'avoir deux écrans (typiquement un pour les parents et l'autre pour les enfants; en espérant que les enfants seraient d'accord entre eux).

C'est à dire jamais.

Ça explique qu'en 1985, Marty MacFly affirme avoir deux postes dans Retour vers le Futur, à quoi on lui répond (en 1955) qu'il faudrait être très riche.

Chez les plus accros, on pouvait trouver un téléviseur dans la chambre, mais ça n'a jamais eu très bonne réputation: dans la chambre des parents c'était paraît -t-il un tue-l'amour, dans celle d'un enfant une distraction potentielle de ses devoirs.



Mais très vite, avec la fin des années 1980, le magnétoscope débarqua. Il existait depuis les années 1950, mais ne s'est démocratisé qu'à ce moment-là. C'était déjà un bon début de pouvoir, pour la première fois, regarder le film de son choix après en avoir fait l'acquisition, plutôt qu'être l'esclave de la programmation.



D'ailleurs, et si chez moi il n'y en a jamais eu, on a profité du format pour entre autres publier des vidéos "tutorielles", pour apprendre telle ou telle chose. Vous savez, le genre de machin qu'on trouve aujourd'hui d'un clic de souris...




Ensuite, les magnétoscopes pourvu d'une fonction lecture, mais aussi enregistrement, débarquèrent (avec les cassettes vidéos vierges) massivement dans les années 1990.




Au début, on était contraint de laisser sur la chaîne concernée le programme que l'on enregistrait sous peine de voir le zapping s'enregistrer à la place. Plus tard, on pouvait regarder une chose et en enregistrer une autre, ce qui réduisait les risques liés aux retards, et les guerres civiles. Enregistrer un programme pendant qu'on était en visite ou en cours de danse devint une pratique courante.



Témoin le film Le dîner de cons, où Daniel Prévost visionne un match de foot tout en enregistrant du patinage artistique pour sa femme absente. Quand Prévost doit se déplacer à son tour, il n'accepte que si on lui enregistre le foot pendant ce temps. Normal: deux télévisions ce n'était pas rare, mais pour des raisons budgétaires, le magnétoscope, il n'y en avait souvent qu'un.

A la fin des années 1990 un dispositif pratique vit le jour, les téléviseurs combis, avec directement le magnétoscope intégré (ils étaient souvent destinés aux enfants) mais disparurent vite avec l'avènement du DVD plus tard.



En enregistrant certains de leurs films préférés quand ils étaient diffusés, nombreux furent ceux qui se constituèrent une vidéothèque conséquente-le principal inconvénient étant la contrainte de la place.



Même principe, d'ailleurs, avec les cassettes audio vierges et la chanson convoitée quand celle-ci passait à la radio. Se prêter les cassettes entre amis se faisait aussi.



Pourvu bien sûr que l'enregistrement se passe bien (de quoi maudire les pannes d'électricité, ou les personnes qui éteignaient un poste en plein enregistrement, ne comprenant pas pourquoi "On l'a laissé en veille, et  ça coûte cher en électricité").



Quand bien même, on avait les petites surprises des programmes enregistrés après ou avant (il fallait compter large pour ne pas louper le début ou la fin.) Pendant des années, Culture Pub sur M6 était diffusé après 22 h le dimanche soir et je ne pouvais pas regarder en direct parce qu'il y  avait classe le lendemain.


Donc je lançais l’enregistrement jusqu'à minuit pour ne rien louper...Pas de chance, M6 diffusait alors toujours un film érotique juste après Culture Pub. Je rembobinais donc frénétiquement et n'osais vérifier où s'en était de peur de tomber sur une scène écœurante.



Et surtout, ne pas laisser traîner une cassette précieuse n'importe où! Vous courriez le risque que, à la recherche d'une cassette vierge pour faire un enregistrement imminent, un membre de votre famille ne l'efface. Dans le film Sexy Boys, la jeune sœur du héros, pour enregistrer un reportage lambda consacré à la chirurgie esthétique, efface par inadvertance tout le travail vidéo effectué en vue d'un exposé (notamment des interviews) par son frère tout au long de son année universitaire (personnellement, j'ai perdu tous les reportages enregistrés  à la sortie du film Hercule de Disney de la sorte).



Heureusement,  pour éviter les effacements accidentels, il fallait  faire sauter le carré de plastique couvrant partiellement un trou sur la tranche de la cassette, bloquant les enregistrements.  Pour enregistrer à nouveau,  il suffisait de boucher le carré avec un morceau de scotch.



J' ai souvenir d' un magazine télé, Télé K7, qui proposait à la fin des jaquettes consacrées aux films diffusés cette semaine- là.


Des vraies avec photo, résumé et tout, sur fond noir. L' idée étant de les détacher et de les mettre sur le boîtier de la cassette enregistrée.


Il n y avait guère de différence avec les modèles du commerce qui, faute de place, ne proposaient que le film en VF et sans suppléments-la seule chose en plus que vous trouviez sur les cassettes du commerce,  c' était les bandes annonces du reste du catalogue de l' éditeur.  La seule VHS avec supplément que j' aie connue a été la première cassette de Blanche -Neige et les sept nains en 1997, qui intégrait un documentaire après le film.



L' unique solution pour garder longtemps un film très aimé passait souvent par l' achat de la cassette officielle puisque des visionnages, ou des réenregistrements fréquents usaient inévitablement la bande, conduisant à des réjouissances comme l' image délavée,  saccadée, le bruit de fond sur la bande son, etc. Ce qui d'ailleurs finissait aussi par arriver avec un film acheté dans le commerce.



Le principal argument de vente des laserdiscs sera d'ailleurs celui- ci: la qualité inaltérable de l 'image et du son. Au milieu des années 1990, les laserdics seront lancés,  et ressemblent à des cd en beaucoup plus grand, presque la taille d' un vinyle 33 tours.




En outre c'était  la première fois qu' on pouvait choisir en quelle langue on allait regarder le film. L' ennui, c'est qu' il n y a alors aucune possibilité d' enregistrement.  De plus, il fallait prévoir l' achat d' un matériel coûteux. Peu de gens sauteront le pas, et les autres avaient bien raison.



Car les DVD arrivent avec les années 2000, et avec eux les nombreux bonus grâce à la place supplémentaire. La course à la technologie étant si rapide, que les boîtiers de DVD sont rectangulaires et non carrés (malgré qu'ils soient du même format que les CD), à cause des fabricants de mobilier n'ayant pas eu le temps de s'adapter. Les possesseurs de DVD pouvaient continuer à les caser dans leurs étagères Ikea "Billy" qui avaient contenu leurs cassettes.



Mais regarder ce que l' on voulait restait coûteux, si tout devait  être acheté sur support. Les graveurs, des platines permettant de copier le contenu d' un CD (musique ou jeux vidéos ) ou d' un DVD sur un support vierge arrivent à la fin des années 1990. Parfois, ils sont en libre service dans les boutiques de photocopies et servent officiellement à faire des copies de sauvegarde...officieusement, les gens donnaient ces  copies à leur entourage, affolant déjà les tenants du copyright.



En fait l' existence des cassettes audio vierges les inquiétaient déjà, et les CD gravés, clones parfaits des originaux, étaient parfois revendus illégalement pour moins  cher sur certains marchés aux puces de l' époque. Pas étonnant que les boutiques de graveurs en libre service aient toutes été fermées.



Quand on ne pouvait pas acheter un film, on pouvait toujours le louer. Comme beaucoup, ma famille était inscrite à divers vidéos clubs entre le début des années 1990 et celui des années 2000.



Une petite boutique indépendante au début, et à la chaîne Vidéo Futur à la fin.


Louer une cassette pour le week-end était une activité courante jusqu'au début des années 2000, sous réserve de rembobiner et de songer à rapporter le film en temps et en heure.



Parfois, les boutiques avaient des fentes de type boîte au lettres pour qu'on puisse rendre le film même quand c'était fermé. Les cinébanks étaient même carrément des distributeurs sans vendeur, sur le principe des automates à boissons!


Les chaînes spécialisées, elles, ont poussé comme des champignons dans les 90's, mais la plupart ont fermé aujourd'hui. Les vidéos clubs survivants sont surtout ceux qui proposent des films rares et en VO, et à des vrais cinéphiles.



Les sujets et programmes plus pointus s' épanouiront sur la télé par câble,  qui se répand elle aussi dans les années 1990 (qui a rendu M6 disponible chez moi). Puis par satellite,  expliquant l' explosion des paraboles dans les années 2000.


Les unes de Canal sat (canal+) ou TPS (TF1). Désormais les enfants pouvaient passer leurs journées devant Canal J, l'étudiant en sciences humaines avait Toute l'histoire, le passionné de nature Chasse et pêche, le japanmaniac Mangas, etc. Toutefois il n'y avait souvent qu' un seul poste relié au câble, réveillant les querelles pour la télécommande.



Nous étions abonnés Canal sat et je me rappelle en particulier d'une chaîne de cinéma "à péage". Toute la journée le même film tournait en boucle, et pour voir une séance il fallait payer en entrant son code carte bleue. Sinon vous pouviez voir 15 minutes du film, puis celui -ci s'arrêtait, pour vous appâter -jusqu'aux prochaines 24 heures.  Seulement la seule fois où on a essayé effectivement de payer une séance, le système, compliqué, n'a jamais marché. Du coup je me souviens de films que j'ai vu par fragments de 15 minutes de jour en jour (comme Wishmaster ou The faculty).



Autre curiosité, la chaîne MCM, qui diffusait au milieu des années 1990 des (interminables) virgules appelées Rapida Annonces, des anonymes parlaient face caméra pour proposer leurs services ou en demander. Le premier que j'ai vu avait d’ailleurs une telle tête de vainqueur que j'ai d'abord cru à un sketch. Et, oui, à l'époque ce genre de chose passait à la télé.

Sur Canal sat, la chaîne Mosaïque vous permet de visionner en un coup d’œil  ce qui passe sur les chaînes du groupe, et déplacer le curseur sur l'une des fenêtres vous permettait pendant longtemps d'entendre le son de la chaîne concernée (plus aujourd'hui: ils ont dû comprendre l'astuce).



Mais du coup, même en très petit, je pouvais visionner les chaînes supplémentaires auxquelles on n'était pas abonnés comme Disney Channel.



Mais il n'y a pas que le cinéma ou la musique pas vrai? On a aussi la communication. Je ne parlerais pas ici de l'évolution de la téléphonie mobile qui mérite son propre article. Disons que j'ai connu la communication qui passait par les téléphones fixes (avec ou sans lignes secondaires) et les cabines téléphoniques.



 Et avec la consultation de l'annuaire: un énorme bouquin avec les numéros et adresses des abonnés particuliers et des professionnels- à moins d'être sur liste rouge.




La communication passait aussi encore beaucoup par la voie postale.


Envoyer une carte en vacances d'été, c'était moins pour montrer le joli paysage, que pour envoyer de vraies nouvelles.


Et les enfants et ados, notamment, s'écrivaient de longues lettres entre amis ou membres de la famille non nucléaire.



Les entreprises avaient le fax, pour expédier une feuille écrite, qui était photocopiée dans un appareil d'une autre entreprise après envoi du signal par téléphone.



 L'engin dont Retour vers le futur 2 avait prédit à tort qu'il aurait un jour un usage domestique.



En France, nous avions une exception par rapport aux autres pays: le minitel!


La boîte, exploitée entre 1980 et 2012, se connectait via le terminal téléphonique...mais c'était assez lent, et surtout coûteux (entre 1 et 5 francs la minute). L'affichage était rudimentaire, permettant surtout de voir du texte (si images il y  avait, c'étaient des grossières en pixels).



On pouvait entre autres consulter des résultats d'examens, d'élections, l'annuaire (pour connaître le numéro ou l'adresse d'un particulier), ou un voyant, faire certains jeux, des achats, et chatter. Oui, déjà. Sur des sujets bénins (par exemple 3615 Gotoon, ça parlait de mangas et d'animes).


Mais aussi, et surtout, sur le sexe, avec le minitel dit rose. Déjà avant (et en parallèle, pendant bien longtemps), existait le téléphone dit rose aussi.



Ça consistait à parler (par écrit sur le minitel, de vive voix au téléphone) à des opérateurs sur des sujets cochons. Et comment je le sais, puisque je ne les ai jamais utilisés? Simple, quand j'étais enfant, il y avait des pubs affichées sur le minitel rose partout!




Parfois aussi, il y avait tout simplement des petits stickers collés dans la rue, avec un 3615 suivi d'un prénom, et tout le monde savait ce que ça signifiait. Oui , des pubs sur le minitel rose, et rien d'autre: à croire que c'était la fonction essentielle du minitel, même si je me rappelle de publicités télévisées pour des jeux sur minitel.


A propos de cochonneries: la pornographie, fut un temps, était moins bien cachée qu'aujourd'hui ne serait-ce que pour qu'on sache où elle se trouvait. Entre autres, sur l'étagère la plus haute des bureaux de tabac et des vidéos clubs-même si ce n'était pas pour autant bien caché aux yeux des enfants.


A 11 ans , j'ai été assez choquée de voir certaines jaquettes dans un vidéo club qui n'était pas le mien d’habitude!



Les utilisateurs, pendant longtemps, n'avaient d'autre choix que des publications comme Playboy ou Penthouse pour satisfaire leur onanisme. D'où ce gag récurrent, dans les films,  de l'ado qui cache sa collection sous son lit, et qui est trouvée par sa mère quand elle fait le ménage.


 Une variante, surtout quand l'unique téléviseur ou magnétoscope se trouvait au milieu du salon, consistait pour les mêmes adolescents à se faire pincer au milieu du visionnage d'un film coquin-la honte internationale dans les deux cas.



Et puis de toute façon, les mineurs n'avaient pas le droit de les acheter. Donc: comment contourner le "non" inévitable du buraliste quand un jeune de moins de 18 ans demandait Playboy? Énormément de gags du Petit Spirou tournent autour de ça,


et le film Jack montre Robin Willams, enfant de dix ans qui en paraît quarante, acheter Penthouse de la part de ses camarades ravis de l'aubaine.


Sinon, il fallait avoir un  grand frère ou un cousin à corrompre, ou tout du moins tomber sur la collection sous le lit d'un membre de sa famille, comme Kevin qui découvre les Playboys de son frère aîné une fois seul chez lui dans Maman j'ai raté l'avion.



 Certains, non abonnés à Canal +, regardaient la chaîne le samedi soir (au moment du porno) à travers une passoire, censée réduire l'effet du cryptage.

En crypté, ça ressemblait à ça.

En l'absence tout cela, restait ce qu'on appelait la pornographie de l'homme pauvre. Ça consistait à regarder des documentaires éducatifs sur des tribus avec des gens à moitié nus -et puis il  y avait la pub.



Les affiches et les spots semblaient beaucoup plus osés qu’aujourd’hui dans les années 1980 (c'était la fameuse époque où on mettait une femme nue même pour vendre des yaourts).



Mais à mon avis, c'était autant parce que c'était une opportunite d avoir de la pornographie de l'homme pauvre en plus du fait que le sexe fait vendre.

On trouvait aussi beaucoup de femmes déshabillées dans des émissions supposées être tout public (comme Palace!) ou à des heures incongrues, comme dans Cocoboy à 20 heures.




Sinon, on avait aussi les pages "maillots de bain et sous-vêtements" des catalogues de vente par correspondance, avec leurs mannequins légèrement vêtus.



A propos, qu'est- ce que la vente par correspondance? Et bien, si on ne trouvait pas ce qu'on voulait dans les magasins sur place, il y  avait toujours ces catalogues, parfois spécialisés: il fallait leur  écrire avec un chèque joint, pour se faire envoyer ce qu'on souhaitait.



Le catalogue de la manufacture de  Saint- Etienne, ou Manufrance, proposait des vélos, des casseroles, des tentes, etc.



Mais surtout, il y  avait la Redoute. Ce monstrueux pavé de deux kilos contenait des sections vêtements, mobilier, décoration, électroménager (en cherchant bien, on trouvait même des vibromasseurs!).

...à usage facial?

 Ma section préférée était celle des jouets, dans le catalogue automne- hiver, car dans les années  1990 c'était là qu'on voyait les premiers jouets, et donc les premières images, au sujet du dernier Disney à sortir. Eh oui: sans le net, un Disnerd ne pouvait compter que sur ça pour découvrir des images en avant-première, quatre mois avant la sortie.



A part la correspondance et le minitel, on pouvait parfois compter sur les vendeurs au porte à porte, sur un principe qui n'est plus guère observé régulièrement  aujourd'hui que par les pompiers et les facteurs  qui proposent leurs calendriers en fin d'année. Justifié par le fait que le démarchage est aujourd'hui interdit, en tout cas dans les immeubles.




La société Avon, notamment, a été célèbre pour ses "demoiselles", qui vendaient des cosmétiques en démarchant de maison en maison.

C'est le métier de Peggy dans Edward aux mains d'argent.

Autres démarcheurs connus, les vendeurs d'encyclopédies, d'autant plus réguliers qu'ils vendaient les volumes un à un.



Et en parlant d'encyclopédie...selon vous comment faire un exposé, voire se documenter tout court sans Wikipédia? C'était simple, vous aviez l'encyclopédia universalis, ou Tout l'univers pour les enfants.




En version condensée, tout le monde ou presque possédait un dictionnaire (on nous en avait offert un, en fin d'année, à toute ma classe de CM2).


Les noms communs , puis les noms propres y étaient définis, chaque section séparée par les pages roses des locutions latines. Mais qu'importe le support, chaque article était peu exhaustif (surtout dans le dictionnaire), de l'ordre de deux lignes. Sans parler de l'obsolescence: ayant entendu parler pour la première fois du mur de Berlin au moment de sa chute, j'avais eu la curiosité de vérifier ce qui était écrit à son propos dans Tout l'univers. Il y était indiqué que le mur était "une barrière infranchissable". Heu...l'ennui c'est qu'on ne pouvait pas mettre à jour ce qui était déjà imprimé.



Pas le choix: pour creuser un sujet, restait la bibliothèque et les dizaines d'ouvrages à compulser-voire être fourré dans les archives, pour les professionnels. Et pour illustrer, vous aviez toujours la documentation scolaire des éditions Arnaud.



Dans Gaston Lagaffe, celui ci s'occupe (ou plutôt est censé s'occuper)  d'archives volumineuses, car destinées à la presse.





Je me rappelle  la frustration qui était la mienne devant les sujets qui me semblaient survolés dans les dossiers du magazine jeunesse Okapi. Dossiers d’ailleurs destinés à fournir matière à des exposés justement. Et à quoi croyez-vous que servaient les exposés à part instruire ses camarades?



A propos de scolaire: vous pensiez peut être que les rédactions et les exposés étaient exempts des pans entiers recopiés de Wikipédia, à l' époque?  Que nenni: tricher de la sorte était plus difficile (n'ayant eu que le bas débit à ma disposition pendant la plupart de mes études, je ne l'ai jamais fait) mais pas impossible, avec les livres.

Dans le film Diabolo Menthe, Anne recopie une vieille rédaction de sa grande sœur, quand elle tombe sur le même sujet. Mais la supercherie est découverte d'autant plus vite qu'elles ont eu le même professeur.



J'ai souvenir d'un gag à la fin d'une BD de  Tom-Tom et Nana, où un instituteur se fâche après une classe qui devait écrire des poèmes. Or, il l'a compris, ils ont tous recopié des poésies trouvées dans des livres.

En vrai, d'ailleurs, on m' a narré l'histoire de cette professeur de français, qui dans sa jeunesse n'aimait pas le français. Donc quand son propre professeur voulut qu'elle écrive un poème, elle recopia une poésie peu connue de Victor Hugo et eut 8 sur 20. Si: Hugo soi- même, a été noté 8.

Il en fait des loopings dans sa tombe.


Et comment organisait- on ses vacances d'après vous? Par le bouche à oreille, en demandant conseil à une agence de voyages, ou en se procurant le guide du routard, pour savoir où dormir. Ou encore le guide Michelin pour les restaurants. Et, oui, il fallait les racheter tous les ans, et à propos des lieux concernés.





Enfin, que faire si vous vouliez un renseignement qui n'était ni dans les guides, ni dans les dictionnaires, ou encore si vous étiez au milieu de nulle part? Il fallait trouver une cabine téléphonique et composer le 12, le numéro dit des renseignements.



Il était entre autres possible de leur demander un numéro, comme celui d'un taxi. Des annuaires téléphoniques comme Scoot arriveront à partir de 2001.




Après 2006, le 12 est remplacé par les numéros en 118 (118 218, 118 008, etc) mais à cette date ils ne devaient déjà plus servir beaucoup.



Pour retrouver son chemin, pas d'autre choix que la carte routière. Moi et mon sens de l'orientation à rendre jaloux Roland dans Ranma 1/2, j'ai souvent été obligée de "partir en reconnaissance" pour trouver un nouveau lieu, la veille du jour où je devais m'y rendre.



Jouer aux jeux vidéos avec plus d'une personne, impliquait d'avoir une double manette (et même comme ça, on ne pouvait jouer qu'à deux). Le passe-temps était solitaire, sauf dans les arcades, où les bornes étaient une aubaine pour qui n'avait pas pu se payer une console.


Et indépendant: il était toujours possible de mettre une partie sur "pause" avec une console non reliée.


Les jeux de rôles sur table et les jeux dits de société étaient ceux permettaient une certaine convivialité.


Donjons et Dragons étant le jeu de rôle auquel on joue au début de ET.


Que dire de plus sinon qu'un fan avait surtout pour principale activité de découper et collectionner les articles de presse sur le sujet qui l'intéressait,


qu'en cas de bouton suspect sur son ventre on téléphonait à sa Mémé pour un remède de bonne femme, que faute de pouvoir acheter tous les guides ou d'avoir un dictionnaire sous la main on acceptait de rester dans l'ignorance et d'improviser, de ne pas revoir ses camarades de primaire, que la recherche de jobs ou d' appartements passait par les petites annonces dans les journaux, celle d'un conjoint par les agences matrimoniales et que les photos restaient dans les albums.


En ces temps d'argentique elles n'étaient pas si nombreuses, et où auriez-vous voulu les montrer? Oui, oui la "fame" en ligne ça n'existait pas...C'est pas croyable, non?



La vie sans internet: on est nombreux à l'avoir connue, mais y revenir nous rendrait sans doute fous!

Et la vie au début d'internet, n'a rien à voir avec aujourd’hui non plus...je vous la raconterais bientôt.