mardi 12 décembre 2017

Coco: Critique



Tout d'abord, dans mon cinéma pas de diffusion de Joyeuses fêtes avec Olaf , probablement au prétexte des séances trop longues; ou peut-être parce que je suis la dernière personne sur terre à encore m' intéresser à La reine des neiges ( mondialement parlant il serait retiré des écrans depuis le 8 décembre ).



Au moins comme ça on aurait eu un court-métrage Pixar à la place? Pensez-vous: mon cinéma ne les passait pas non plus, de toute façon . La seule exception avait été Une fête givrée, bel et bien avant Cendrillon en 2015.



Heureusement j'ai trouvé Joyeuses fêtes avec Olaf  ici.

Contrairement à ce que j'ai beaucoup entendu, on ne voit pas le temps passer. Toutes les chansons ne sont pas bonnes, mais celles interprétées par les sœurs sont parfaites et c'est touchant de voir que les cadeaux d'Anna à Elsa, des années durant , étaient tous en rapport avec Olaf.


Celui-ci, bourde, n'a plus son petit nuage au dessus de la tête en intérieur, mais c'est vrai que dehors, vu le climat, il n'en a pas besoin. Et un spécial Noel, vu la date de sortie, c'est l'idéal. On n'a jamais trop des nouveaux costumes d'Elsa, et non je ne dis pas ça juste parce que je l'ai déjà cosplayé.


Bref le court métrage est aussi bon que le long, je ne vois d'obligation de choisir entre court-métrage Disney et  long-métrage Pixar, c'est une guégerre idiote-autant qu'avoir à choisir entre musique et famille. Tiens, à propos: transition vers Coco, proprement dit (mais vous aurez eu Joyeuses fêtes avec Olaf avant, namého).


Dia de los muertos  est une festivité particulière au Mexique, qui a lieu au jour des morts, le 2 novembre dans le monde catholique.


 Le 1 er, était le jour des saints; et le 31 octobre Samhain, qui est devenu Halloween : autrefois les celtes pensaient que le voile séparant le monde des morts et   celui des vivants se déchirait à ce moment là (au retour de la saison froide) .


 Et que les esprits visitaient leurs proches,  qui se gardaient d' eux par divers rituels ( comme les déguisements effrayants ).

Au moment  la christianisation,  le dogme disait que le monde des morts ne communiquait pas avec celui des vivants, et cette superstition fut combattue. ..en vain, donc par syncrétisme, on plaça la fête des morts canonisés, ou non, les jours suivants.



En Europe la Toussaint devint synonyme de chrysanthèmes déposés sur les tombes de proches. En Amérique latine, il existait déjà des traditions locales liées aux morts. La religion originelle des amérindiens fut combattue puis assimilée par les évangélisateurs du temps de la conquista.


Le jour des morts fut fixé au 2 novembre une fois  les populations devenues très catholiques, mais les rites anciens ont persisté.  Contrairement à l' Europe, Dia de los muertos est joyeux.

(Comme ici, une enfant triste de la mort de sa mère va finalement vivre un moment heureux.)

Les squelettes, appelés calaveras, sont très présents. Vous avez sans doute croisé ces créatures dans La vengeance du serpent à plumes Monster high et Grim Fandango.

(La vengeance du serpent à plumes a été qualifié de prémonition: Coluche y faisait de la moto déguisé en mort).

(Skelita Calaveras, dans Monster High)




En raison de la forte communauté hispanique aux États-Unis, ce jour des morts est devenu très connu là bas, les symboles se mêlant à ceux d'Halloween.



Dia de los muertos aurait dû être le titre, sur lequel Disney comptait poser un copyright pour des raisons de marketing mais a soulevé un tollé.  C' est donc devenu cet énigmatique Coco (rien à voir avec le film de Gad Elmaleh) , qui est en fait le prénom de l' arrière- grand- mère du héros de dix ans, Miguel.



Son musicien de père étant parti quand elle avait 4 ans pour suivre sa carrière, sa femme Imelda Riviera ne lui a jamais pardonné et a voué son nom au damnatio memoriae . Pratique venue de l'ancienne Rome, les pires criminels voyaient leur nom effacé des registres pour être oubliés des hommes après leur mort.



Depuis, la musique est taboue dans la famille Riviera et aujourd'hui encore Elena, fille de Coco et grand-mère de Miguel, interdit qu'on en écoute ou en parle...


Mais Miguel tient à être chanteur, comme son idole Ernesto de la Cruz (célèbre dans les proportions de Luis Mariano), originaire de son village.



Le jour des morts, Miguel en vient à la conclusion que celui-ci doit être son arrière- arrière- grand- père musicien, d'après une photo de famille où la tête du mari d'Imelda est déchirée.



 Il veut alors participer à un concours de musique, mais n'a pas de guitare. Miguel emprunte celle exposée au dessus de la tombe d'Ernesto, mais ce sacrilège lui vaut d'être transformé en fantôme.



Il peut voir les calaveras, invisible aux yeux des humains, qui viennent voir les membres de leur famille et peuvent (du moins en esprit) manger les aliments laissés pour eux sur les tombes.



Miguel reconnait les calaveras de son grand-père, ses grands- oncles et  tantes, et arrière- arrière -grand- mère Imelda qui l'emmènent dans la bureaucratie de l'au- delà. Miguel y apprend qu'il risque de devenir lui même une calavera d'ici au lever du soleil, à moins d'avoir la bénédiction d'un membre de sa famille. Mais la seule à accepter est Imelda, qui exige qu'il renonce à la musique pour retourner chez les vivants.



Miguel refuse, s'échappe et décide de rechercher la bénédiction d'Ernesto à la place. Mais comment l'approcher (c'est toujours une immense star) ?


Pour ce faire il fait ami-ami avec Hector, une calavera "oubliée" qui dit pouvoir l'aider;


mais ils sont pistés par la famille de Miguel et l' alebrije (esprit- guide animal) d'Imelda, la gigantesque tigresse ailée Pépita.



Si comme moi vous étiez une buse en jour des morts avant le film (malgré mes ancêtres  en partie mexicains et aztèques), le principe est bien expliqué. Les vivants laissent les photos des proches décédés sur un autel, l'ofranda,et tracent un chemin avec des pétales. Précautions utiles: les calaveras "traversent" sur un pont fait de pétales, et ne peuvent sortir que si leur photo est exposée. Sans photographie, comme Hector, on reste coincé dans l'au-delà au jour des morts.



Ce pays des morts est très coloré (contrairement à ce qu'on pourrait croire) sauf le bidonville occupé par les oubliés (du moins sans photo). L'un d'eux, Chicharrón, se dissout dans l'atmosphère (dans un lieu inconnu) après que la dernière personne qui se rappelait de lui aie cessé de vivre, devenant  un oublié au sens propre .



Ce destin semble horrible aux calaveras, mais pas pour moi: je les voyais rejoindre le paradis au sens propre du terme à ce moment-là...Non?



D'autant que ces limbes pour squelettes paraissent réservées aux citoyens mexicains-et donc, provisoires.



Des citoyens parfois fameux comme Santo le catcheur alias Masque d'argent,

Connu pour être à l'affiche de nanars.


ou la peintre Frida Kahlo (un running gag: Hector cherchera à visiter le monde des vivants en se faisant passer pour elle).




On n ' est pas loin du principe des dieux du darshan dans Lanfeust de Troy, des egregores qui existent si l'on croit en eux, et disparaissent quand leur dernier croyant décède. Mais, hélas, fatalement dans toutes les familles on ne sait plus qui sont ses membres passées quatre générations.



On appréciera la recherche visuelle, à commencer  par les alebrijes, nom emprunté à des statues très colorées, qui ressemblent beaucoup aux esprits animaux apparus dans un autre programme latino de Disney, Elena d'Avalor.


Pepita était le chat d'Imelda de son vivant, et Dante, le chien errant pelé et sous -doué qui suit Miguel partout est aussi destiné à être alebrije.




Son nom hautement symbolique est celui d'un auteur qui, dans sa divine comédie, a visité l'au-delà. Et on apprécie aussi la couleur locale, qui toutefois (comme souvent) n'attribue d'accent qu'aux personnages adultes.




Miguel, lui-même une sorte d'Orphée moderne, ne peut que paraître familier à qui a eu à imposer une passion à une famille définitivement pas d'accord (Elena ira aussi loin que casser la guitare qu'il avait bricolée) . Comme souvent dans les Disney, il passe par plusieurs phases -rejeter complètement la famille en faveur de la musique puis vice-versa-avant que les deux se révèlent ne pas être incompatibles (et c'est tant mieux: trop de films familiaux tirent sur la corde du "la famille c'est tout et l'ambition, bouh, c'est mal") .

Beaucoup d'humour aussi...Souvenez-vous de Zootopia où des animaux naturistes nous étaient montrés sans censure, parce qu'au fond, on en a l'habitude. Similairement, une calavera pose nue pour un peintre...mais bien sûr, il n'y a que des os à voir. Quand Hector chante une dernière chanson à Chicharron, il remplace, le mot "seins" par "citrons" parce qu' "il y a des enfants ici."













On nous a de nouveau fait le coup du méchant surprise, mais au vu des trailers, je ne l'avais pas vue venir celle-là...Comme Papy Pépite (Toy Story 2) et Charles F.Muntz (Là-haut), Ernesto de la Cruz  se révèle avoir eu un coup fourré et est l'idole du héros qui va dégringoler de son piédestal.



Ernesto a jadis empoisonné son parolier, Hector, qui voulait tout lâcher pour rejoindre sa famille, le vouant à l'oubli du grand public. Et pas que: une scène touchante révèle que la fille qu'Hector veut revoir, année après année, est Mama Coco. Autrement dit, l’arrière- arrière- grand- père de Miguel c'était en fait  lui, qui n’est jamais rentré chez lui pour des raisons indépendantes de sa volonté, et qui en raison du damnatio memoriae va s'effacer, à mesure que Coco, la seule qui s'en souvient, est atteinte d’Alzheimer.



Seul Miguel, en lui chantant une chanson au titre symbolique, "Ne m'oublie pas", réussit à faire dire à Coco qu'elle avait gardé la tête de son père en photo, tout ce temps.



Un an après cette histoire, pendant le dia de los muertos, les photos sont de nouveau exposées sur l'ofranda et Hector et Imelda, enfin réconciliés, traversent en compagnie de Coco, morte depuis elle aussi.


Bref, là encore vous risquez d'avoir besoin d'un paquet de mouchoirs. Le copain maladroit que le héros s'est fait en route, qui se révèle être son parent, c'est peut-être une trop belle coïncidence, mais on ne l'avait pas vu venir ce twist, pas vrai?



Comme Vaiana, le personnage principal vit une passion envers et contre tous, et seule sa grand mère (ou arrière- grand -mère) semble le ou la  suivre, puis transcender la mort, apparaissant au delà de celle-ci.


Et, comme Vaiana, malgré sa date de sortie, il donne chaud!

Un film idéal à regarder à Halloween, de quoi regretter qu'il ne soit pas sorti à ce moment là.

Mais, contrairement  à ce que j'ai beaucoup entendu : ce n'est ni morbide, ni effrayant,

                                        (car non, les squelettes ça ne l'est pas toujours!)


que les petiots ne s'abstiennent pas.



mercredi 22 novembre 2017

Les modes alternatives: le lolita



Deuxième mode alternative, le lolita.

Moins répandue dans la rue, mais dont bon nombre de gens voient à peu près ce que c'est...Était? On la dit en perte de vitesse...mais commençons par le commencement.

C'est à dire, non, rien à voir avec le roman homonyme de Nabokov. Nom trompeur s'il en est, et laisse croire à bien des gens que c'est une mode fétichiste ou que toutes les adeptes sont des allumeuses...alors que pas du tout: le mot, en japonais, a une connotation beaucoup plus innocente (comme dans la notion de lolicon).



La mode lolita, en fait, est connotée  pudeur et  pureté, donc tout le contraire. Mais le mot prête à confusion en occident et j'avoue, je le trouve mal choisi. "Poupée de porcelaine" aurait mieux convenu , et c'est bien de ça qu'il s'agit: ressembler à une petite fille victorienne sage.



Le mouvement a des racines lointaines, remontant aussi loin que le rococo (comme dit dans le film tournant en grande partie autour du lolita, Kamikaze girls).



L'inspiration vient des robes à crinolines du XVIIIème siècle (en plus court), des robes d'enfants du XIXème siècle (avec le même court) et même un peu des années 1950, dernière période où la mode féminine nécessitait le port de jupons.




Dans les années 1970, la série La petite maison dans la prairie inspire, en tout cas au Japon, une mode champêtre,  aux formes XIXème et des imprimés fleurs. On les appellera les modes Otome et natural kei. Je reviendrais sur le natural kei, quant à l'otome, c'est aujourd'hui une mode satellite du lolita.


C'est cette mode "mignonne" qui lancera le lolita. En fait, dans les années 70 et 80, certaines poupées, ou personnages animés, portaient des vêtement qui me rappellent beaucoup le futur lolita, rétrospectivement.

Dans Princesse Sarah, c'est normal, il s'agit de petites filles à l'époque victorienne,  ou edouardienne dans Candy.


Mais, dans l'animé des 80's (censé se dérouler à cette époque)  Laura la passion du théâtre, Sidonie, une fille de bonne famille, porte des tenues semblant préfigurer le lolita-de mon point de vue, mais c'était quand même troublant.




Bonne société toujours, avec ce que porte  Gwendoline dans les années 1980 (même si la période est difficile à définir?).


Il y avait aussi ce que portaient les Charlottes aux fraises (ça se justifiait car les charlottes sont censées être des poupées de chiffon dans la prairie, aussi) ou les Cherry merry muffins. Et les idols, ou chanteuses japonaises adolescentes  à la carrière éphémère.




Dans le documentaire Otaku : fils de l'empire du virtuel  de Jean Jacques Beinex (1994), une idol m'avait rappelé une sorte de jolie poupée par ses vêtements.



 Mana, chanteur japonais de visual kei (donc très looké) crée en 1999 le label Moi-même-Moitié (le français ayant une connotation chic et très gracieuse au Japon). C'est là, dit on, que naît le mouvement de gothic lolita. Oui, oui, le premier à avoir porté du "gothloli" était Mana, donc un homme.



Au tout début, on peut parler de dérivé du gothique (on l'appellera aussi  "J goth"). Le style sera d'abord prépondérant au point que la mode sera d'abord appelée gothic  lolita (ou goth loli) et j'ai d'abord cru que c'était le nom officiel.  Mais les lolitas ne resteront pas éternellement en noir. A la fin des années 1990 aussi, le muscien Aya (oui, un homme) du groupe Psycho le Cému portera le même style, mais en rose, baptisé sweet lolita.



Dans les années 90 justement, certains autres styles underground, comme le Fruits (coloré et extravagant) explosent dans la rue de Tokyo appelée Harajuku.



 Les photographes s'en donnent à cœur joie, et les clichés paraissent dans Fruits magazine. Deux best -of reliés sont parvenus en Europe, Fruits et Gothic & Lolita. Vous les avez peut -être vus passer, et ils présentaient l’inconvénient de mêler tous les styles y compris dans Gothic & Lolita (qui juxtaposait du lolita et d'autres styles n'ayant rien à voir).




Ça n'a pas aidé à fixer ce à quoi ressemble le lolita pendant longtemps...Pire, les mangakas seront inspirés par ce style et donneront à des héroïnes, soit de façon permanente, soit juste sur un artwork,  de tels vêtements mais le costume, quoique inspiré de, n'est jamais du vrai lolita. Ce qu'on voit dans Chobits est trop court et hypersexualisé, et Misa de Death Note porte du gothique, point.



Le cosplay va néanmoins brouiller les pistes, notamment en occident. Surtout que les conventions manga et le cosplay vont exploser au même moment, en Europe. Les premières à porter du lolita dans les pays européens  étaient par conséquent des fans de manga, d'anime et du Japon en général.



Les mauvaises langues les qualifieront de "weaboo" (ou kikoojap), un fan obsessionnel de toutes ces choses, mais n’exagérons rien: certaines étaient alors de paisibles otakus. Reste qu'assumer le style au début des années 2000 n'allait pas de soi, et il était  surtout porté en convention en ce temps là...n'aidant pas le commun des mortels à le distinguer du cosplay.


Peut-être que vous êtes confus...Le lolita obéit théoriquement à certaines règles définies au milieu des années 2000 et ce qui s'en écarte est qualifié de "ita (aïe en japonais) lolita" ou lolita ratée. Théoriquement, car nombreuses sont celles qui diront aussi qu'on peut aussi bien faire ce qu'on veut...mais le risque est, qu'un interlocuteur ne reconnaîtra pas les vêtements portés comme du lolita.

Alors, quelles sont les règles?



1) Le port d'un jupon. En forme de cloche (sweet) ou de A (autres styles). Ça sous entend que la jupe est assez large pour ça pour commencer.



2)Un certain sens de la pudeur. La jupe tombe minimum aux genoux (mais jamais à mi cuisses), et il y a toujours une chemise (fut-ce à manches courtes) sous une robe à bretelles, et même en cas de fournaise. En gros, le même genre de sens des convenances qu'au XIXème siècle (où ça ne se faisait pas de montrer ses chevilles).


3) Des couleurs douces. Le fluo est proscrit.



4) De jolies chaussures, souvent à brides, à talons plus ou moins hauts. Mais jamais de talons aiguilles, de baskets, de rangers, etc.



5) Un aspect mignon à grand renfort de volants, nœuds et dentelles-mais pas trop.



6) Du coton comme matériau de base, pas de satin, de dentelle synthétique ou de panne de velours.




7) Le maquillage est léger  (le noir à lèvres est déconseillé, même sur le gothic).



Celle qui prend le risque de porter trop de dentelles, de l'asymétrique, pas de jupon et de chemise, du synthétique, du trop court ou du violemment coloré (voire tout cela à la fois) risque de se voir taxer de "ita".



Mais il y a controverse, car aux premiers temps du lolita certaines choses étaient admises, comme le non-port de jupon, l'abondance des dentelles ou les couleurs prononcées (le bleu néon associé au noir était courant chez Moi-même moitié). Le style de l'époque fin des années 1990-début des années 2000 est appelé aujourd'hui "old school".



La fin dudit style date du milieu des années 2000, tant au Japon qu'en France. En France, justement, j'ai vu ma première lolita à cette époque, et peut-être vous aussi. En effet, c'était dans le cadre de l'émission Zone Interdite en octobre 2006. On m'avait annoncé, je m'en souviens, une émission à propos des Japanmaniacs. Or le sommaire était , horreur, "Les nouveaux dangers qui menacent les adolescents" au point que j'ai d'abord cru que je me trompais de date.



Les otakus étaient balancés sans discernement au milieu des préados hypersexualisées (c'étaient elles qui étaient qualifiées de "lolitas"), des anorexiques, des piercés et des satanistes. Tout ça à cause d'un récent fait divers d'alors, à propos de deux ados en échec scolaire qui avaient décidé de fuguer au Japon et que leurs portables avaient permis de retrouver assez vite. Est -il nécessaire de préciser qu'elles n'étaient pas parties pour voir le Japon, point, mais surtout pour fuir leur problèmes et que donc tous les japamaniacs ne fuguaient pas?


Mais sensationnalisme, tout ça, le reportage sort une phrase devenue un temps un meme parmi les cosplayers tant elle était stupide : "Nous sommes en pleine régression",  à propos du cosplay justement. Et donc, ils suivaient deux jeunes filles dont l'une,  Marine dite Shuu, 14 ans, était déterminée à vivre pour toujours au Japon dès l'année suivante...un régal pour les journaleux.



Avec son amie décora (variante chargée du  fruits)  Suika (c'est aussi un surnom bien sûr), elle se rendait à Japan expo dans sa plus belle robe gothic lolita...mais, je peux le voir aujourd'hui, ce n'était pas encore tout à fait ça. Ses robes évoquaient en fait plutôt une soubrette, en raison de l'association très commune du noir et du blanc dans le old school. Donc une erreur courante consistait à confondre les deux et porter de petits tabliers et coiffes caractéristiques. A part ça, pour Shuu, pas de jupon, pas de chemise,  trop de dentelle, jupe trop courte...seules les chaussures étaient déjà pas mal pour l'époque, surtout compte tenu de la difficulté d'alors de se procurer des pièces.



Le film Kamikaze girls est sorti en France en 2006 toujours, avec une lolita (Momoko) dans le rôle -titre. Momoko est cynique et asociale,  ce qui contraste avec son style mignon, mais pourquoi pas: porter de tels vêtements suppose un fort caractère et un certain mépris des convenances.  Elle vénère la France et la période rococo, ainsi que les robes de la marque sweet Baby the stars  shine bright (je reviendrais sur les labels et genres).



C'est après cette année -là que la communauté occidentale explose, d'abord sur les forums et livejournal et plus tard sur Facebook, tandis que les rassemblements se font plus nombreux et en dehors des conventions. Internet se développe conjointement, permettant aux occidentales de se procurer des pièces. En effet, il n'existe qu'une boutique Angelic Pretty (autre marque, de genre sweet) sur le territoire français, une boutique Baby the stars shine bright sur Paris ayant fermé en mai 2017. Seuls les menus accessoires peuvent se trouver dans des boutiques locales, comme Claire's.



Abordons les différents genres:





Le old school




Pratiquement plus porté aujourd'hui, il était néanmoins le premier genre, donc il convient de l'aborder pour commencer.

Le style était encore balbutiant donc même les grandes marques vendaient des robes trop étroites pour permettre le port d'un jupon, ou un peu courtes (laissant dépasser le pantalon de dentelle, ou bloomers). Le bleu néon ou le blanc associé au noir étaient aussi des combinaisons populaires. De façon générale, les couleurs étaient plus franches.



Les robes étaient unies, et les chaussures noires, blanches ou brunes, les prints (motifs) et les couleurs variées sur les chaussures sont arrivés plus tard. Concernant ces dernières, les semelles en bois compensées étaient alors très communes (Momoko en porte souvent dans Kamikaze girls). Les rocking horse shoes, un modèle inspiré du ballet Petrushka, répandu à l'époque, évoquait les ballerines des danseuses (avec le laçage) et le devant arrondi permettait de faire des pointes.


Les headdresses étaient des rectangles de tissu parfois très larges, fixés par des barrettes ou noués par un ruban sur la tête.  Quand ils étaient trop  larges, ils ont vite été surnommés "les serviettes hygiéniques".



A peu de détails près et à moins d'invoquer délibérément ce style, tout ceci a disparu. Je recommande  le  visionnage de  Kamikaze  girls pour les curieux de voir à quoi ressemblait le style old school: après dix ans le style de Momoko  paraît démodé, mais était représentatif.





Le gothic:




C'est noir oui, mais pas que (ou sinon c'est du kuro, voir plus bas). Le blanc (qui a trop souvent été confondu avec le genre soubrette) et le bleu fluo sont peu utilisés à présent. Le gris, le bordeaux ou le violet prédominent, notamment dans les prints. Ceux -ci sont en forme de croix, de vitrail, ou sont des scènes de vampires, de cimetières, de forêts profondes, etc. Les bijoux sont souvent aussi les mêmes  que dans la mode gothique proprement dite.



Les chaussures sont noires (ou noires et blanches), et sont souvent des bottes à lacets.



Le gothloli fut très répandu, mais est réputé aujourd'hui avoir beaucoup perdu de vitesse, notamment face aux styles suivants.

Le sweet:




Comme le nom l'indique, c'est l'inverse du précédent. Les teintes pastel dominent à commencer par le rose et le bleu. Et les prints gais tournant souvent autour de thèmes enfantins: gâteaux, jouets, manèges, fruits, contes de fées,  licornes, cœurs, animaux mignons...



les accessoires et bijoux tournent aussi autour de ces thèmes à commencer par les sacs à main en forme de cœur. Les chaussures sont elles aussi rose bonbon, bleu ciel ou blanches, et les babies à bouts ronds (et boucles en forme de cœur) sont communes.



Les motifs séduisent parfois les pratiquants de l'ageplay, ou principe consistant à se comporter en bébé ou enfant (avec un partenaire, le plus souvent) le tout avec connotation sexuelle.



 Il arrive donc que les adeptes de l'ageplay portent des robes sweet, mais attention,  toutes  les sweets ne pratiquent pas l'ageplay (et n'y viennent pas pour cette raison, non plus). En fait, la plupart détestent s'y entendre associer (souvenez-vous que ça n' à rien à voir) !

Le style, l'un des plus anciens, a toujours été populaire, mais à partir de la fin des années 2000 connait une vraie rage avec la variante OTT, ou "Over the top".



Il s'agit d'un enfant obtenu avec la mode "décora" qui est très chargée.


En conséquence, les cheveux sont pleins de barrettes (avec une préférence pour celles en forme d'étoiles, ou "star clip" de chocomint) ,




 voire ces barrettes sont dans des perruques. Les perruques peuvent se porter avec tous les styles, mais dans l'OTT sweet elles sont  de couleurs inhabituelles, et même bicolores.



Un énorme nœud sur la tête  est aussi une coiffure courante. Comptez aussi plusieurs colliers au cou, de bracelets, de bagues (en plastique, et en forme de bonbons ou pâtisseries).



Les peluches, notamment sous la forme de porte-clés, ou de sac à main, sont aussi un accessoire commun. Et les wrist cuffs, ou manches de dentelle amovibles portées en bracelet. Enfin, les robes sont forcément à (gros) prints.



Une autre variante, plus rare, est le bittersweet, un croisement entre sweet et gothique. Les prints restent identiques, mais le fond est sombre (généralement noir). Il est plus facile à assumer chez les lolitas plus âgées.



Le classic




Un style intermédiaire, né plus tard (au milieu des années 2000). C'est aussi coloré (plus que le gothic) , mais dans des tons plus sobres que le sweet. Le rose est poudré, ou le bleu pétrole. On use aussi de vert épinard, de bordeaux, de pourpre, de brun, etc.



Les prints sont plus rares et quand il y en a, les thèmes sont les fleurs, les instruments de musique, les livres, les horloges, la  toile de jouy, etc.


Ce style se veut plus élégant que mignon. C'est pourquoi, comparé au sweet, il est porté plus souvent par les lolitas qui  ne sont plus adolescentes.



Les serres-têtes, et les barrettes simples sont privilégiés, tout comme les mini-hats (petits chapeaux fixés à l'aide de barrettes), soit à peu près les mêmes accessoires que dans le gothique. On leur ajoute les roses en tissu amovibles, en broche ou en barrette.


Aussi des chapeaux de taille classique comme les bonnets, ou ces chapeaux XIX ème siècle à visière. Les bijoux  sont souvent dans la thématique du camée. Les chaussures sont blanches, brunes ou noires, et généralement  de type victorien.


Une blague a circulé parmi les classics, comme quoi on les reconnaissait à ce qu'elles étaient assorties au canapé ou à la tapisserie de leur grand-mère. Mais cette sobriété  a porté ses fruits, en ce que cette troisième faction a fini par être plus portée que le gothic.



Une tentative d'OTT a même été tentée au début des années 2010 avec ce style. Mais l'élégance ne s'accorde guère avec la surcharge, que ce soit les fausses roses dans le bonnet ou les camées par paquets de dix sur la chemise. Cette version n'a donc guère décollé.



Les styles suivants sont moins courants:





Country lolita:





Le style est champêtre, comme le nom l'indique. Il privilégie les imprimés fleuris, le vichy, les chapeaux de paille, et les paniers en guise de sac à main.



Punk lolita:




Le croisement avec le punk. Concrètement, ça consiste à porter du noir avec de l'écossais, des épingles à nourrices et des chaines en guise de bijoux, des cravates, des rangers ou des vans pour chaussures, et parfois des jupes un peu plus courtes que d’habitude.


Kuro et shiro lolita:




Noir, ou blanc en japonais. Autrement dit: de ces coloris de haut en bas, sans accent d'une autre teinte. Tout bleu, c'est Mizuiro lolita, tout rose, Pinku lolita (et oui c'est différent du sweet).

Casual lolita:


Une version simplifiée, plus facile à assumer tous les jours. Se porte parfois sans jupon (ou un jupon peu épais), et avec des cutsews, tee shirts remplaçant les chemises.

Hime lolita:




Hime, c'est princesse en japonais.  Le style comprend des accessoires comme des sceptres, des tiares, et des prints pouvants aussi les inclure en tant que motifs. Le blanc, le rose et le bleu prédominent, la forme des robes s'inspire du rococo,  et des robes à la française du XVIIIème .

Wa et qi lolita:




Le wa croise les robes avec une forme plus typiquement japonaise, inspirée des kimonos. Le qi fait de même, mais est un croisement avec les robes traditionnelles chinoises, plutôt (appelées qipao).

Sailor lolita:




Inspirée des costumes marins, avec le col caractéristique,  une cravate et deux rangées de boutons. Souvent porté avec un béret ou un canotier de paille, des chaussettes rayées et un sac coquillage. Le tout de couleur bleue, blanche,  ou noire, et sans motifs.




Les autres styles sont plus rares encore, et seulement portés lors des meetings ou de fêtes, le plus souvent:





Pirate lolita:




Comme le nom l'indique: de préférence dans des tons sombre, ça consiste en des robes aux motifs de jolly roger ou de voiliers, le port de veste à basques, de jabots,  de sacs en forme de coffre, de pendentifs en forme de clé, de chapeaux tricornes, de bottes, et parfois de cache-œils.

Steampunk lolita:




Il s'agit d'un croisement avec la mode steampunk, qui donne dans des éléments neo rétro tels que les corsets, les goggles, les chapeaux haut de forme, les rouages, etc.

Guro lolita:




Ou gore lolita. Il consiste à juxtaposer des tenues blanches et des éléments médicaux comme des bandages, des pansements, et des cache-œils (mais portés sans besoin). Et pour la touche finale, tout est éclaboussé de rouge, à moins que pour ne pas ruiner sa robe la lolita se contente d'arroser son tablier. Evidemment un tel style ne sort en principe qu'à Halloween.

Military lolita 


Souvent en vert-de-gris, en bleu  ou en noir, elles ont des képis (ou des calots), des galons et des médailles pour accessoires.

Ero lolita:




Ou érotique lolita. Il consiste à sexualiser le style, avec des robes courtes et des éléments d'habitude proscrits comme les talons aiguilles, les porte-jarretelles  et les collants résille. Il est évidemment controversé (d'habitude la pudeur est partie intégrante du lolita) , et difficile à porter, surtout pour les débutantes.

Mahou lolita:




Ou lolita sorcière. Avec des robes gothiques à motifs de citrouilles, ou d'étoiles, ou de chats, il se porte avec des chapeaux pointus (parfois sous forme de mini-hats) et un balai, peut être aussi une  baguette magique. Evidemment un tel style ne sort qu'à Halloween aussi.

Twininng lolita:

Pas un style, mais plutôt une pratique. Il consiste pour deux lolitas (sœurs ou meilleures amies)  à porter des tenues semblables, mais dans des tons différents-voire shiro pour l'une et kuro pour l'autre.






Les modes satellites:

Sans être du lolita, ces modes sont souvent portées par les garçons, ou les  lolitas plus âgées. C'est sans doute dû au fait que la mode n'a elle-même que deux décennies, mais elle est rarement portée par celles qui ont plus de 25 ans (sans limitation d'âge officielle du moins). Et pas non plus par les hommes, pour d'évidentes raisons. Certains sont quand même séduits, et portent le style en tant que travestis-souvenez vous  des pionniers Mana et Aya. On parle de brolita ("brother lolita") ou de loliboy, et non, ils ne sont pas tous gays.






Mais existe-il une version proprement masculine du lolita? Théoriquement non et je le déplore, des gilets ou vestes à prints devraient pourtant s'envisager, ne serait-ce que dans le gothic ou le classic, et créer ainsi des garçons assortis à leur petite amie ou sœur lolita.










Aristocrat:



Ou victorian goth, déjà évoqué: ce sont des vêtements XIXème, mais tout noirs. La gothic lolita évolue souvent vers ce style, et ses jupes plus longues;  les garçons adeptes du style sont évidemment bien assortis aux gothlolis.

Otome: 




"Jeune femme", en japonais. Le style vers lequel évoluent celles qui sont adultes, et toujours constitué de ravissantes petites robes (inspirées des années 1950 et 1960), mais sans jupon et sans prints voyants. Et les robes sont un peu plus longues. Dans la mode lolita proprement dite, on a d’ailleurs déjà vu des jupes arrivant aux chevilles, principalement dans le classic et le hime.




Kodona:



Il consiste à associer des chemises, des culottes de velours (parfois des salopettes) , des chaussettes rayées et des chaussures compensées en bois. La présence de pantalons en a fait un style idéalement porté par des garçons, et il l'est à l'occasion  , mais dans la pratique ce sont surtout des filles qui le portent.



Les accessoires:



Le jupon: 




Indispensable depuis les années 2000. De forme "cupcake" pour les sweets et de A (triangulaire) pour les autres styles.

La chemise, ou blouse:


Généralement à dentelles et manches bouffantes, indispensables aussi (on les porte à manches courtes en cas de canicule) sous une jumper skirt.

La jumper skirt ou JSK:


Robe à bretelles.

One piece ou OP:



Robe à manches.

Bloomers:



Grande culotte longue à dentelles, comme celles portées au XIXème. Elle peut aussi servir de bas de pyjama.

Cutsew:


Tee-shirt à froufrous, porté en casual

Chaussettes et collants:


Un modèle courant dans le old school, était les chaussettes avec un volant de dentelle au sommet. Sinon, les chaussettes sont généralement hautes, avec un motif imprimé, ou un nœud dessus. Les collants sont d'usage courant, notamment en dentelle (pour le gothic et le classic).

Headdress:



Des serres têtes rectangulaires surtout associés au old school aujourd'hui.

Mini-hat: 



Un mini chapeau (ou une couronne) à épingler sur les cheveux

Gants et wristcuffs: En dentelle le plus souvent, s'accordent à tous les styles (en noir pour le gothic, bien sûr)



Sac à main:


De ton pastel, en peluche ou en forme de cœur pour les sweet, noirs (parfois avec des ailes de chauve souris) pour les gothics, en forme de livre ou de violon pour les classics...



Skirt:


Les jupes.

Les ombrelles et éventails:



Pratiques en été, et de façon générale pour donner une touche d'élégance.

Les bijoux:


En plastique pour les OTT sweet, noirs ou rouges pour les goths, vintage pour les classics...

Les bonnets: 



A visière, porté par les classic et les country, ou les charlottes en dentelles, parfois portées comme bonnets de nuit.

Les perruques ou wigs: 


Souvent bicolores pour les OTT sweet, elles peuvent être de teintes naturelles pour les autres. Elles sont notamment pratiques, pour les japonaises, pour avoir des anglaises caractéristiques impeccables. Mais elles ne sont pas obligatoires.



Les labels:




Baby, the stars shine bright, Metamorphose temps de fille et  Angelic pretty:


Sweet. BSSB est créé en 1988, et Angelic Pretty sera  d'abord connu comme "Pretty", dans les années 1970 (comme marque natural à l'époque).

Innocent world, Juliette et Justine, Mary Magdelene et Victorian Maiden:



Marques classic.

Moi-même- moitié: 


Label gothic.


Alice and the pirates:




Créé en 2004 par Baby, the Stars Shine Bright, aux thèmes classic, pirate et punk.



Les marques ont de l'importance dans cette mode, et celles -ci sont les labels les plus célèbres...et les plus chers. N'espérez aucune robe à moins de deux cent euros. Heureusement, outre le marché de l'occasion, il existe des marques moins connues (apparues plus récemment) mais plus abordables.




Bodyline:



C'est d'habitude là que se fournit la débutante fauchée, les prix s'échelonnant entre 30 et 60 euros, dans les styles surtout sweet et classic . A la condition d'avoir l’œil: les OP et Jumper Skirts sont pour la plupart pas mal, mais il convient d'éviter les sections "cosplay", "costume",  et tout ce qui est en deux parties ("sets"), qui ont un contenu plus "ita."


Ben oui: à la base, Bodyline c'est une boutique de costumes...En fait, au tout début, c'était un magasin de lingerie fine (d'où le nom)!


Et leurs premières tentatives de lolita n'étaient pas terribles à en juger par le "monstre de dentelle" apparu sur une page du recueil Gothic&lolita.  Par chance, ils ont évolué dans le bon sens, et pour construire une garde robe conséquente il faut souvent en passer par eux, en sorte que presque toutes les lolitas d'occident possèdent au moins un de leur modèles.


En revanche, leurs jupons ne sont pas recommandés , et se trouvent plutôt sur eBay.

Fanplusfriend : 




Encore une boutique qui vend pêle-mêle lolita et cosplay mais aussi du gothique ou de l' aristocrat.  Le lolita qu' on y trouve est gothic, classic,  steampunk et pirate, et presque toujours réussi.  Du coup les prix sont plus élevés (100 euros en moyenne ).

Surface spell, Infanta  et Dear Celine:



Autres labels de (simple ) sweet, gothic, classic, ou hime, aux prix compris entre 50 et 200 euros.



Et puis bien sûr , il reste les labels indépendants, faits souvent par des occidentaux ayant lancé leur propre marque en freelance.





Les replicas




Certains de ces labels indépendants, trouvables par exemple dans la boutique chinoise taobao, font dans la replica, c' est à dire reproduisent ( sans autorisation ni copyright) les motifs des grandes marques sur des robes vendues entre un quart et moitié moins cher. C'est comme le streaming : illégal, mais tout le monde l'a déjà fait . Néanmoins on reconnait les replicas en ce qu' il leur manque certains détails ( les boutons ou dentelles sont différents et moins élaborés.) L'équivalent des artworks pirates de Hong-Kong en somme.

Certaines lolitas ne voient pas d'inconvénient à les porter, mais pour les autres c'est hors de question, le sujet est sensible.



Par contre tout le monde est d'accord sur un point: ne jamais acheter de robe  sur ebay, ou sur la boutique Milanoo (qui range le lolita dans la catégorie "cosplay" pour commencer, ça la fiche mal.) Les photos montrent des images de grande marque, mais envoient une copie mal faite, par exemple en satin  (encore plus malhonnête que les réplicas, dont les photos sont déjà celle de la copie). Citer Milanoo est un bouton berserk chez toutes les lolitas, en particulier celles qui se sont faites avoir au début.



La seule chose immuable pour les occidentales, sont que les tailles asiatiques qui transforment un M en S, un M en L, etc, obligeant à commander au dessus de la taille habituelle. Découvrir que sa nouvelle jupe arrive au dessus du genou est commun chez les occidentales, en moyenne de 10 cm plus grandes que les japonaises, la solution consiste à posséder des sous jupes plus longues à porter en dessous.



L'extrême onirisme du style n'échappe à personne, pourvu qu'on respecte la silhouette de base, toutes les fantaisies sont permises et on l'a vu les cross- over avec les motifs mythologiques et les personnages de légende sont  légion. En conséquence, il s'agit bien plus d'une simple mode pour nombre  des adeptes du style.

Lolifier n'importe quel personnage célèbre est possible.


La beauté (et parfois le prix) des vêtements n'incite pas à manger un kebab qui risque de tout salir en cas de chute, prendre une bonne cuite, regarder un film classé  X  ou même faire des galipettes dans l'herbe tout en les portant.



Certaines lolitas prennent à cœur cette envie d'être sage, quand on est dans de telles robes.  Elles sont ce qu'on appelle des "lifestyle". Elles portent cette mode tous les jours (en tout cas autant que possible) , et décorent leur maison, ou leur chambre, en conséquence. Elles s'adonnent à des activités voulues traditionnellement féminines: le point de croix, la lecture d'auteurs comme Jane Austen, la pratique d'instruments de musique classique, la confection de gâteaux, la calligraphie, le tricot, la poésie ou l'aquarelle .



Elles préfèrent les sports peu violents (et qu'on peut faire en robe) comme le croquet, la patin à glace, la danse ou le badminton. Les lifestyles se conduisent comme des ladies du XIXème, et ne parlent pas fort, se tiennent droites,  ne jurent jamais, ni ne fument ou boivent.



Elles vont au musée, au théâtre, au concert, pique-niquent à la campagne. Elles aiment organiser des "afternoon teas" britanniques ou au moins avoir rendez-vous au salon de thé. Les lifestyles peuvent aussi collectionner les poupées, ou cultiver les fleurs en pot. Elles se promènent avec une ombrelle pour rester diaphanes. Dans certains cas extrêmes, elles ne mangent que sucré, ne lisent et n'écoutent  que de la littérature et de la musique classique, ne regardent que des films historiques...



Exception faite de sa rudesse, Momoko de Kamikaze girls est lifestyle. Elle ne porte pas de lolita qu'à l'école, à cause de l'uniforme obligatoire. Son lunchbox pour midi ne contient que des bonbons. Elle déteste le sport, et préférerait rester une fleur fragile et délicate, comme les femmes du temps du rococo qui s'évanouissaient souvent. En fait, même l'idée de travailler ne lui dit rien en dépit de son talent pour la broderie, et elle aimerait avoir l’oisiveté des anciens aristocrates. Momoko apprécie les promenades à la campagne, mais l'habitude de son amie Ichiko de cracher par terre la choque visiblement. Enfin et en dépit du gain de temps que ce serait, elle ne se déplace jamais à vélo car "les lolitas doivent soigner leur image."



L'album français Gothic lolita, princesses d'aujourd'hui, paru en 2009 et  à ne pas confondre avec le recueil photo, est d'Audrey Alwett et François Amoretti. L'héroïne Sumiré est une sweet lolita lifestyle à fond elle aussi. Elle a un agneau de compagnie, et ne sortirait jamais sans robe lolita ("J'ai besoin de ces vêtements pour être moi", pense-t-elle).



Sans surprise, aucune université ne lui convient car elle veut être "super lolita", c'est à dire apprendre à jouer du violon et de la harpe, écrire des poèmes, cuisiner des gâteaux, et coudre des robes. Oui, c'est tout.

D'où son idée d'ouvrir une telle école pour apprendre cela aux autres lolitas...Le challenge est de taille, mais toutes les lolitas que Sumiré va rencontrer (Alice la classic, Sachi et Yuka les sœurs gothic, Blueberry l'OTT sweet) sont aussi lifestyle et partagent ce point de vue.



 Les élèves aussi, d'ailleurs, les problèmes viennent de l'extérieur: les voisins en colère devant leur aspect inhabituel provoquent un incendie des lieux...et on découvre que la maison était construite sur la tombe de Cendrillon, soi-même! La revente de chevaux de manège trouvés là permet de reconstruire une école avec des toboggans, des murs en pain d'épice, et sol de plumes pour dormir, puisque je vous le dis.


Sumiré est d'ailleurs une excentrique au niveau du caractère aussi , puisqu'elle écrit une encyclopédie avec la définition des fermetures à mur, des graines de chaussures, de la  soucoupe multi-pattes et du poulpe -fraise (c'est concept).

Et ça ne me déplaît pas...mais force est de constater qu'être lolita n'induit pas forcément d'avoir autant d'imagination et de fantaisie. Ni même d'être lifestyle.



En fait la plupart alternent ces tenues et leurs vêtements "moldus" selon un terme répandu (encore que le combo jeans tee-shirt porte un nom officiel, "normcore"). Et se comportent avec ces robes comme elles le feraient chaque jour. A l'extrême opposé du spectre, les "trash lolita" ne se s'interdisent aucune activité, fument, crachent, boivent, usent d'un langage grossier voire font des orgies dans ces vêtements et n'en font pas mystère.



Et j'ai le regret de dire que si ça se tient sur le papier, en réalité les élèves de l'école lolita n'auraient pas qu'à lutter contre le voisinage, il faudrait aussi qu'elles se supportent entre elles et ce n'est pas garanti.


Non, non, rien à voir avec les sous-styles, d'ailleurs la plupart des lolitas les ont tous essayés. Ça vient plutôt de ce que les lifestyles ne sont pas d'accord avec les trashs. Que les unes ne portent que de la marque, et que d'autres ne voient pas le problème de n'avoir que du Bodyline et de l'indépendant, voire du fait main. Et je ne parle même pas des adeptes des replicas en guise de troisième faction. Celles qui respectent les règles et celles pour qui elles n'ont pas d'importance. Il y a celles qui vénèrent le Japon et celles qui se souviennent que la mode a des racines occidentales.


Que certaines donnent dans le mannequinat amateur et sont très suivies sur Instagram, là où pour d'autres ce ne sont  que des vêtements et se photographier dedans n'a pas d'intérêt. Celles qui ne portent que cela et celles qui ont d'autres styles. Celles pour qui l'ero n'est pas un vrai style et celles pour qui, si. Etc.

Triste, et expliquant qu'après avoir été très proche de la communauté pendant dix ans, François Amoretti s'en soit éloigné en 2011.

D'autres facteurs font que le nombre des lolitas aie stagné en dix ans.



Déjà, le coût élevé des robes de marque (Momoko, la maligne, soutirait de l'argent à son père en prétendant en avoir besoin pour aider des camarades en détresse!) . Un certain manque de praticité aussi: c'est un cauchemar de salir une robe hors de prix, mais même si c'était un modèle fait main et pas cher, la silhouette a ses inconvénients au quotidien. Déjà je ne connais personne qui assume de telles robes au travail  ou à l'école.



Et chez soi, on goûte vite au souci de balayer les objets posés sur une table basse avec son jupon. La plupart des pratiques sportives en sont rendues plus difficiles, aussi. En fait, on comprend pourquoi la vie moderne a fini par proscrire les tenues compliquées pour les femmes, même si le court des jupes lolitas permettent plus facilement de sauter et courir.  Clairement, le port du lolita se rend vite incompatible avec l'obligation de faire le ménage, ou les courses.

Qui plus est, c'est une des modes les plus difficiles à assumer en public, qu'on soit toute seule ou en "troupeau" lors des meetings. Dur de faire comprendre qu'il ne s'agit pas de déguisements...



Pour une fillette qui demande avec des étoiles dans les yeux si la lolita est une princesse, dix passants vont ricaner ou demander si Carnaval est en avance. Voire pire, on peut être filée par un type patibulaire mais presque, comme disait Coluche, et dont je ne veux surtout pas connaître les goûts.


Et pourtant: beaucoup s'obstinent, parce qu'on peut voir le port de lolita comme quasi militant (même si là encore, il  est des lolitas qui s'en fichent). S'élever contre le côté ordinaire des vêtements féminins d'aujourd'hui, et la "paresse" qui a abouti à cette simplicité. S'élever contre le fait de ressembler à tout le monde, parce qu'on ne passe pas inaperçue. S'élever contre la morosité ambiante et revendiquer le rire et la joie -surtout si on est sweet ou hime.



S'élever contre le manque d'élégance, la norme depuis le milieu du 20ème siècle. S'élever contre le matérialisme, et revendiquer un certain onirisme . Et surtout: l’ultra féminité est -elle du féminisme? Tout le monde n'est pas d'accord là dessus, et pendant longtemps c'était le fait de s’habiller en homme (vu que c'était interdit par la loi) qui était perçu comme militant.



Mais quand tout le monde s'est retrouvé en pantalon pour des raisons de praticité, porter des robes, et surtout des robes voyantes, du style "Oui je suis une fille, oui ce détail ne peut t'échapper" qui est devenu subversif, si on ose dire. Le summum de la liberté étant d'alterner tous les styles...ou pas. Là encore, certaines lolitas portent cette mode en se moquant de sa portée militante, si elles savent qu'il y en a une.



Seule certitude, ces robes n'obligent à jouer les plantes en pot. Momoko aime peut-être l'idée d'être une fleur fragile, mais s'énerve,  crache par terre, et menace à coups de batte de base ball un groupe de filles yankee  (loubardes) quand la situation l'exige. Et elle leur fait très peur !  Elle fera même du scooter par la suite,  image ou pas.



Ne croyez pas la télé, du reste, toutes les lolitas  ne sont pas des weaboos, ou meme des animefans, pas plus que tous les gothiques ne sont dépressifs ou satanistes.  Il en est qui aiment le Japon,  mais d' autres pour qui le pays de provenance de leurs vêtements n' a pas d'importance. Et les lolitas japonaises,  elles, n'ont- elles pas tendance à  admirer la France de leur côté ?



Dernier point, on dit que la mode perd de la vitesse depuis 2015....Vrai ou faux? Au Japon, Fruits le magazine a cessé de paraître en 2017: plus assez de gens au look intéressant se promènent à Harajuku aujourd'hui, et c'est le fait d'être un "normcore" habillé en Uniqlo qui semble original maintenant.

 Au Japon, du moins, les lolitas évoluent vers le classic ou le gothic, voire vers des styles plus neutres comme l'otome, le natural ou le mori (j'en reparlerais évidemment).



Plutôt que les imprimés kawai, on se tournerait vers l'opulent (accumulation de matières précieuses, de volants, etc).



L'avenir de la mode est difficile à prédire aujourd'hui, mais puisse-t-elle continuer avec élégance, dignité, romantisme et onirisme, ne serait-ce que parce qu'elle est plus qu'une simple mode qui même ses journées internationales (premiers samedis de juin et décembre).

Je définis ici cette mode "Pour les nuls", mais les curieux pourront approfondir à ces sources ici:

http://god-save-the-lolita.blogspot.fr/

http://mllechantilly.blogspot.fr/

En anglais:

http://lolitafashion.wikia.com/wiki/Lolita_Fashion_Wiki

http://fyeahlolita.blogspot.fr/