mercredi 29 mars 2017

La Belle et la Bête (2017), critique




La Belle et la Bête: critique (spoilers) par culturinaa

Depuis 2010, et l'Alice au pays des Merveilles de Tim Burton, les studios Disney multiplient les adaptations live de leurs classiques animés. D'abord, il s'agissait de suites (Alice au pays des Merveilles  et Alice de l'autre côté du miroir), ou de redites d'un point de vue différent (Maléfique, et Peter et Elliot le dragon).

Mais depuis le Cendrillon de 2015, il s'agit bien d'un remake au sens propre. En outre, Cendrillon live n'était plus une comédie musicale. Et l'original étant un film d'animation fait il y  a bien longtemps, il avait fallu remplacer tous les gags à la Tom et Jerry (témoins d'une époque où on avait plus de facilité à animer les bêtes que les belles héroïnes humaines) par plus de scènes sur le personnage titre, notamment durant son enfance.



La Belle et la Bête (1991)  en revanche est plus récent, réalisé à une époque où les personnages humains étaient plus faciles à animer et plus présents.

Donc, les changements sont principalement des ajouts: de personnages, de péripéties,  et surtout de chansons : cette fois c'est resté une comédie musicale. Je ne pense pas avoir besoin de raconter l'histoire,  version Disney comprise, je pars du principe que vous la connaissez (et attendez -vous à des spoilers).



C'est plutôt  fidèle à l'original et cette fois les scénaristes en ont profité pour expliquer des points de scénario peu logiques et sur lesquels les fans s' écharpent depuis un quart de siècle, parfois légitimement. Par contre et je le dis avec la plus grande affabilité,  le premier qui m' écrira la phrase "syndrome de Stockholm " finira en hachis parmentier.




D'abord parce que ce n'est pas propre au film de Disney et c'était déjà dans le conte d'origine,  auquel il faut adresser vos reproches.


Deuxièmement parce que c' est faux: connaissez vous le syndrome de Lima? Sans doute pas, mais c'est en fait lui (  le gardien qui s' attache au prisonnier ) qui est à l' œuvre -d abord les serviteurs,  puis la Bête le ressentiront envers Belle.  Et de trois car je trouve dingue de toujours réduire un pareil chef- d'oeuvre de l'animation à cela.




Belle n'aimait pas quelqu'un d' abusif envers elle, son amour des livres avait beaucoup joué quand la Bête avait offert sa bibliothèque.  Les scènes supplémentaires du présent film servent à établir davantage la complicité .



On s' est souvent demandé pourquoi les meubles  vivants du château étaient si nombreux.  Il s'est  avéré ici que certains étaient aussi les invités d' un bal masqué. Si l' enchanteresse les punit eux aussi (on a jamais su pourquoi dans le dessin animé), c' est à cause de leur absence de réaction quand le Prince jette dehors la vieille mendiante qu' elle paraît être. En outre, les parents du Prince sont évoqués. Sa mère était vertueuse mais est morte prématurément et par la suite seul le père, cruel, influencera l' éducation de son fils. Les serviteurs ne réagiront pas plus que du mobilier,  expliquant leur métamorphose .


Seul le CGI, d' ailleurs,  pouvait permettre de montrer des objets prenant vie de façon convaincante et cette adaptation n'aurait sans doute pas pu se faire plus tôt.  De toute évidence,  la source d' inspiration  n'est pas seulement le dessin animé, mais aussi la comédie musicale de Broadway adaptée de celui- ci.



En 1991 le dessin animé présentait sans problème des objets doués de  vie, mais sur scène, comment un comédien d' un mètre 80 pouvait- il incarner façon convaincante une pendule ou un  candélabre minuscules? L' astuce trouvée par les metteurs en scène,  fut de dire que la malédiction de l'enchanteresse était progressive, et transformait lentement les gens en mobilier.



Dans le film , c' est aussi en quelque sorte le cas , le jour de la chute du dernier pétale de la rose donnée par l' enchanteresse  (rouge au lieu de rose) , la Bête risque de rester telle qu'elle en l' absence d' amour partagé, ce qu' on savait déjà.



 Par contre, son entourage risque en plus de devenir inanimé à jamais.  Leur motivation est d' autant plus grande que, comme ils disent à leur maître : "Vous serez tout seul et couvert de poussière ." Ils sont donc d'une grande gentillesse envers Belle, et cette dernière, intriguée, puis concernée par leur sort, décidera pour cette raison de rester au château.

A la fin, comme on le sait, la Bête paraît morte pendant quelques minutes, alors que le dernier pétale est tombé. Mais en plus, pendant ces minutes, les serviteurs se figent les uns après les autres après s'être dit adieu, rendant le passage très émouvant.



C'est très certainement l' aspect de la comédie musicale qui a influencé celui que Lumière a ici: un candélabre dont la pièce centrale est une statuette humanoïde. Plus judicieux, pour sûr, qu' un visage apparaissant dans un rideau de flammes comme dans Once upon a time.



Son accent a totalement disparu en VF, les adaptateurs ayant peut être réalisé qu' il   n'était pas nécessaire qu' il se distingue en en ayant un alors qu' il se trouve dans son pays d'origine - ici ça n' a même pas été remplacé par un accent italien. Mais ça s'entend toujours dans la VO du film live.



Big Ben  a toujours des aiguilles qui lui servent de moustaches, et son visage se devine plus qu' il ne se voit parmi ses rouages.

Le  visage de Mme Samovar n'est plus devant avec son bec en guise de nez, mais sur le côté,  ses traits apparaissant dans les motifs peints  de la théière.



 Idem pour Zip,  mais son visage est au même endroit,  au niveau de la anse.



 L' armoire n' est plus une habilleuse, mais une cantatrice d' opéra, du nom de Mme de Garderobe.


C'est déjà mieux que son nom de Mme de Grande Bouche dans la version sur scène (combien de fois faudra -il le répéter aux américains, pas plus que dans Les razmockets à Paris, bouche c'est un nom commun, jamais un nom propre).

Elle a maintenant un mari, Maître  Cadenza, musicien qui se retrouvera transformé en piano.


Il est très possible qu' il soit une version gentille de Maestro Forte, le méchant de La Belle et la Bête 2: Le Noël enchanté, une interquel sortie direct en vidéo en 1997.


Ce dernier était un maître de musique transformé en orgue, et même si le film ne cassait pas trois pattes à un canard, je dois avouer qu' il me semblait un méchant plus impressionnant que Gaston.



Maître  Cadenza lancera ses touches à la tête des villageois hostiles et loi de conservation des détails plutôt amusante, se révèle avoir perdu des dents une fois redevenu humain.

Le repose-pieds chien du dessin animé, qui s' appelait Sultan, a été rebaptisé Froufrou, et appartient à ce couple, expliquant sa métamorphose en tabouret de pianiste.

 Mme de Garderobe  a une apparence tout à fait étonnante, elle a des poignées qui servent ici de bras, et plus de visage dessiné sur son fronton  (trop cartoony?). Des rideaux judicieusement placés à l' intérieur de sa partie supérieure évoquent un visage  ( ne serait ce que par  paréidolie) mais aussi, pour rappeler son métier,  une scène d' opéra.



Plumette, le plumeau femme de chambre et petite amie de Lumière, ressemblait vraiment sous ses deux formes (y compris humaine) à une soubrette fort anachronique (style 20ème siècle) entre autres car soubrette se dit french maid ("servante française") . Et donc, toutes les domestiques de France et de Navarre ressembleraient forcément à ça...




 Ici, Plumette ressemble de façon fort poétique et moins caricaturale à un plumeau dont le pommeau est une tête de paon blanc, pourvue d'ailes lui permettant de voler. Les oiseaux comme les plumeaux ont après tout des plumes, donc pourquoi pas. Humaine, elle n'a heureusement rien d'une caricature de soubrette-juste des plumes dans les cheveux.



Comme Mme de Garderobe ou le père Robert, elle fait partie d'un "colorblind casting", ce qui était déjà le cas dans le Cendrillon de 2015.


J'ai entendu crier à l'anachronisme, mais le prologue révèle que le Prince "aimait s'entourer de personnes extraordinaires" (Robert étant peut-être un parent ayant décidé de résider à proximité) donc ça se justifie.

Et puis souvenez-vous, beaucoup s' interrogeaient sur pourquoi tout le monde semblait avoir oublié l'existence d'un prince dans ce château, et de tous ceux qui l'entourent.


 Ici, c'est parce que c'est le cas: au village (ici baptisé Villeneuve, comme  Gabrielle de Villeneuve, l'auteure d'une des versions du conte), et sans doute partout ailleurs, les gens souffrent bel et bien d'amnésie partielle infligée par l'enchanteresse. L'une des victimes est Jean, le potier, qui dans la chanson Belle est celui  qui trouve que Roméo et Juliette, que vient de lire l’héroïne, doit être d'un ennui mortel- au lieu du boulanger qui ne prête pas une oreille attentive au récit du Haricot magique.

Quand, à la fin, les habitants de Villeneuve font irruption au château, Mme Samovar reconnait Jean comme son mari, et le père de Zip. Il n'en avait jamais été question dans le dessin animé (j'avais assumé que Mme Samovar était veuve). Ici, une fois qu'ils ont retrouvé leur apparence, Mr Jean les reconnait à son tour. Il n'est pas le seul: contrairement au dessin animé, les habitants n'ont pas fui loin après l'assaut et reconnaissaient leurs proches redevenus humains. Big Ben s'avère en cette occasion s'appeler Henri et avoir une épouse, apparemment bien désagréable (il souhaite redevenir une pendule!).



Les femmes, c'est une petite nouveauté, ayant participé à l'assaut du château. Quant à Jean, on aurait pu le voir venir: il est potier et donc fabrique de la vaisselle. De plus en anglais potier se dit "potter", et le diminutif est "Potts", le nom en VO de Mme Samovar (Mrs Potts).



Celle-ci, dont le rôle est tenu par Emma Thompson, est bien plus jeune (expliquant comment une vieille femme était la mère, et non la grand-mère, d'un si petit garçon). Sans doute à titre de gag mythologique, Lefou demandera d'ailleurs à une Mme Samovar encore immobile si elle est la grand-mère de Zip, la vexant pour le coup.

La nature exacte des choses douées de vie a été le sujet de bien des discussions aussi, comme les portes qui s'ouvrent et se ferment seules (c'étaient des gens ou elles ont été aussi douées de vie?). En entrant au château pour la première fois, Maurice remarque des torches tenues par des supports en forme de bras. Sans doute un clin d’œil au film de La Belle et la Bête de Jean Cocteau en 1946, où les bras étaient vrais, et qui ont peut-être influencé l'existence du mobilier vivant du dessin animé de 1991. Lors de l'attaque du château, ces bras, doués de vie, se défendront eux aussi.



 Les fanarts ont souvent représenté Belle comme une folle du logis qui parle à tout le mobilier, et ce qui était un meuble et ce qui était un humain n'est pas facile à distinguer de prime abord. En guise de clin d’œil à cela, Belle demande ici son nom à une brosse à cheveux, avant que les autres objets lui fassent la remarque que celle-ci n'est qu'une brosse.



L'enchanteresse semble avoir étendu sa malédiction à la météo et un hiver éternel entoure les abords immédiats du château. Ce qui répond à l'interrogation: "Combien de temps Belle reste-t-elle au château, avec Maurice qui erre dans les bois? " L'hiver semble commencer alors qu'elle vient d'arriver. Ici, c'est bien simple, une neige magique tombe au mois de juin.



La chanson C'est la fête, très bien recréé ici, était aussi au centre de bien des tortures d'esprit en tout genre. D'abord parce que Lumière chantait que les objets avaient erré pendant dix ans . Et le prologue précisait que la rose magique ne fanerait qu'à partir des 21 ans du prince.



N'aurait-il eu que 11 ans à l'époque de la malédiction? C'est ce que le parolier, Howard Ashman, avait effectivement en tête, et les paroles des chansons sont écrites (et non modifiées) toujours très tôt, quand le scénario n'est pas fini et sujet à changer.

Gary Trousdale et Kirk Wise, les réalisateurs, n'ont finalement pas aimé l'idée d'un enfant maudit. A juste titre, car punir une personne si jeune, à qui on a sans doute appris à ne pas faire entrer les inconnus, fait passer l'enchanteresse pour une sadique ainsi qu'on l'a dit sur internet.



Le prince apparaît clairement sinon adulte, déjà adolescent, sur les vitraux du prologue du dessin animé. Mais les paroles des chansons n'ont pas changé pour autant. Oups: c'est parti pour les querelles de clocher sur 25 ans concernant l'âge du prince.


Dans le film, pas d’ambiguïté: on ne sait pas quand la rose se met à flétrir, et le prologue nous montre le prince adulte. En outre, en VO, Lumière chante qu'il ont erré "trop longtemps". Mais en français, il dit de nouveau que cela duré dix ans.



Plus anecdotique, vu le rythme rapide auquel les plats défilent, beaucoup se demandaient si Belle avait eu le temps de faire plus que goûter à certaines choses. Une fois de plus, on dirait que c'est le cas: alors qu'elle est devant son assiette avec les couverts en main, Lumière entraîne la nappe et l'assiette avec, mais peut-être  a-t-elle eu droit au pudding qu'il lui  tend à la fin.



Concernant la VO, une interrogation qui a passionné les anglophones, la chose grise. En français Lumière dit "Cuisine au beurre c'est la meilleure, et croyez-moi je suis connaisseur." Sauf que, en VO, c'est "Try the grey stuff, it's delicious, Don't believe me? Ask the dishes" . ("Essayez la chose grise, c'est délicieux, vous ne me croyez pas? Demandez aux assiettes").

Gag rapport à la cuisine étrangère qui semble en effet être un simple "truc". Mais les américains se sont tous demandé ce que c'était? A titre de clin d’œil, le restaurant à thème Be our guest ("C'est la fête") de Disneyworld, ouvert en 2012, propose du "grey stuff", mais au dessert (c'est une crème au beurre).



Et dans le dessin animé, c'était proposé parmi des petits fours salés...bref difficile à définir.
 Ici, pas d’ambiguïté, en même temps qu'il chante ce vers, Lumière présente un plat de caviar. Et oui, c'est gris.



Au début du dessin animé, Belle était montrée se rendant régulièrement chez le libraire, à qui elle emprunte les livres au lieu de les acheter. Donc: comment, avec Belle comme seule personne aimant lire dans les alentours,  le brave homme ne fait- il pas faillite?

Ici, elle va voir le prêtre, Père Robert, qui comme souvent jusqu'au XIXème siècle est l'une des rares personnes du coin à être lettrée et posséder des livres (assez peu), en tant qu'homme d’église;  et qu 'il prête là encore à l’héroïne.

Paraît-il aussi que des spectateurs avaient perçu Belle comme arrogante et se trouvant mieux que tout le monde. Moi pas: je ne sais que trop qu'on peut préférer se plonger dans les univers fictifs plutôt que taper la discute sur la pluie et le beau temps, non par snobisme délibéré, mais simplement par introversion-voire par haut potentiel.



Mais du coup, dans le présent film, elle a effectivement des ennuis avec les autres. C'est Belle, et non plus Maurice (devenu fabricant de boîtes à musique), qui a un génie inventif, et elle met au point une machine à laver primitive. Dans la même scène, elle montre comment lire une phrase de son livre à une fillette. Or, comme on ne voit que des garçons aller à l'école, eux seuls semblent  lettrés. Belle l'est aussi car Maurice  venait d'un milieu social plus sophistiqué (il était parisien d'origine). Mais là, l'instituteur surprend la scène et ne veut pas "qu'une autre femme sache lire", il fait donc détruire la machine.

Un personnage supplémentaire n'illustre que trop cette misogynie ambiante: Agathe, une mendiante sans mari. Gaston ne se contente d'ailleurs pas de demander sans prendre de gants la main de Belle, il rappelle qu'une femme sans époux qui perd son géniteur sera seule et sans ressources comme Agathe. Mais bien sûr, Belle est prête à prendre le risque.



On ne savait pas non plus si, dans le dessin animé, Belle se posait des questions sur pourquoi et comment une Bête et un château vivant pouvaient exister. Dans le film, elle les pose, et les objets laissent à entendre qu'il s'agit d'une malédiction avec un  compte à rebours. Par contre, ils n'entrent pas dans les détails quand Belle désire savoir comment les aider.

Comme dans le live de Cendrillon (2015) on voit comment était la mère de celle-ci et ce qui lui est arrivé. Au château, la Bête apprend à Belle qu'outre la rose et le miroir, l'enchanteresse lui a aussi fait don d'un atlas qui permet de se rendre là on on le souhaite. Mais la Bête ne l'utilise d'habitude jamais, à cause de la frayeur que son apparence suscite.



Avec Belle, il se rend quand même dans le moulin où elle est née, à Paris. On constate la présence sur les lieux d'un "masque de peste" à bec d'oiseau que les médecins portaient en cas d'épidémie à partir du XVIIème siècle. En effet, la mère de Belle a succombé à cette maladie, et comme toujours en pareil cas, Maurice a suivi l'adage « cito, longe, tarde », ( pars vite, va loin, et reviens tard). Il savait apparemment que les propagations d'épidémies sont moins rapides dans les petits villages.



Cette scène supplémentaire, si elle explique ce qui était arrivé à la mère (Maurice n'avait rien raconté à sa fille), pose d'autres questions et a été souvent critiquée. La Bête ne se téléporte pas plus souvent? Vu comme il ne supporte pas son apparence, ça me semble plausible. Ce qui me hérisse, c'est l'utilité réelle de ladite scène, et qui est "l'effet tour Eiffel". Je l'avais évoqué à propos de Miraculous Ladybug et ça consiste, pour qu'on sache bien qu'un film se passe en France, à montrer un monument célèbre parisien (souvent par n'importe quelle fenêtre), presque toujours la Tour Eiffel pour peu qu’elle existe déjà à l'époque.



Ce n'était pas le cas dans le dessin animé, mais la séquence C'est la fête n'a pas résisté à cette envie en montrant une tour Eiffel anachronique faite de couverts et d'assiettes. Pour une fois qu'on est dans la cambrousse-et non à Paris- la frustration devait être très grande.



En raison de l'époque du présent film, c'est le substitut habituel à la tour, Notre-Dame de Paris, qui est clairement visible par les fenêtres du moulin. Nous savions déjà qu'on est bien en France, et non dans un royaume de contes,  car le prologue dit que le château de la Bête était "dans un coin secret de la France." Et du coup, question anachronismes, la Bête demande à Belle si cela l'intéresse de voir Notre-Dame ou les Champs Elysées avant de dire que c'est "trop touristique".

Sauf qu'au XVIIIème siècle où le film se déroule, les  Champs Elysées n'étaient qu'une allée de campagne avec des ginguettes mal famées sur les bas -cotés et excentrés par rapport au centre du Paris d'alors. Les gens n'aimaient pas y aller à cause de leur mauvaise réputation et celle- ci ne sera meilleure qu'après la révolution.



En outre, la grande peste noire, c'était entre 1347 et 1352. Au XVIIIème siècle, il y eut des épidémies de peste à Marseille, Londres et Moscou,  mais pas à Paris (Est- ce parce que aux Etats-Unis, trop de gens ne sauraient pas situer Marseille?). Enfin, Belle dit se souvenir des lieux, mais les flash-backs montrent qu'elle n'était encore qu'un nourrisson. Et pourquoi le moulin n'a pas été, toutes ces années, ni détruit, ni revendu à un autre propriétaire, ni pillé, ni squatté? Tout y est  inexplicablement intact, y compris le berceau de Belle. Bref ça laisse perplexe.

Autre ajout, des chansons. Il y  en avait aussi plus dans la comédie musicale, et l'une d'elle, Humains à nouveau, a été ajoutée à la version longue du dessin animé. On aurait pu croire que les chansons en rab du film viendraient de la version de Broadway, mais en fait pas du tout. Elles sont toutes nouvelles et toutes d'Alan Menken, jamais en panne d’inspiration.



Certaines sont plutôt courtes comme le Je rêve d'une histoire sans fin de Maurice, qu'il chantonne la première fois qu'on le voit. Ou le Montmartre de Belle, dans le moulin. Ensemble à jamais est une chanson de la Bête qui, comme sur scène, est désormais capable de chanter tout haut. C'est au moment il a rendu sa liberté à Belle, et c'est au lieu de son rugissement du dessin animé. Ça a moins d'impact toutefois, parce qu'on voit la Bête simplement grimper à son château pendant qu'il chante-au lieu d'accompagner l'action.



Ma préférée est Jours enchantés interprétée par les objets, quoique un peu courte.


Comme dans le dessin animé d'origine (fait rare) c'est toujours Céline Dion qui interprète en VO la chanson du générique, qui était Beauty and the Beast (Histoire Eternelle) avec Peabo Bryson et qui est ici How does a moment last forever (qui n'a pas de version française). En raison de son tempo plus lent et ses paroles plus passe-partout (sans parler du fait qu'il commence par de l'accordéon très cliché), je crois que je continuerais de lui préférer le magistral Strong (ou Toi, en français) du Cendrillon de 2015 .




Les autres chansons changent peu, sauf que ne vous attendez pas, en français, à une reprise exacte des paroles. Dans Je ne savais pas, la gestuelle  des personnages est quasi la même. Sauf que, rappelez-vous, à un moment Belle envoie une boule de neige à la Bête. Celui-ci fabrique une boule qui a facile la taille de sa tête, et heureusement n' a pas le temps de l'envoyer: Belle en jette une deuxième, et la Bête reçoit en outre sa propre boule sur la tête.

Ici,  Belle jette sa boule, la Bête créé la sienne, énorme...et l'envoie. Parfaitement, Belle la reçoit à la tête. J'ai été un peu choquée, je dois dire: on se demande comment elle n'en est pas morte.



En outre, la musique semble bien souvent diégétique: Lefou paye un orchestre dans la taverne au début de Gaston tandis que les instruments (qui jouent seuls), sont visibles dans Histoire Eternelle. On ne voit plus le plan de la fresque au plafond avec les anges qui bougent, mais des instruments de plâtre sculptés dans les murs qui jouent.



Je m'attendais à des plans qui me feraient faire whaou durant cette scène, mais finalement, pas tant que dans le dessin animé, hélas. Idem pour les costumes, une occasion en or pour admirer la robe jaune sous tous ses angles pas vrai? Mais quand les premières photos de cette dernière ont fuité, les commentaires de déception ont fusé en raison de la ressemblance de ce costume avec une robe de bal de promo scolaire moderne.


C'est un  peu moins vrai une fois la jupe visible: elle est ornée de décorations à la feuille d'or (et toujours de cristaux Swaroski), les arabesque dorées étant un thème d'ornementation récurrent dans les décors.



Mais le haut est en effet bien plat et moderne, donc complètement anachronique. Depuis un quart de siècle que les illustrateurs de la licence Disney princesses, les cosplayers/euses, les parcs Disney, la comédie musicale et les fanartistes font des variantes somptueuses (parfois historiquement fidèles) de la robe, je crois qu'on s’attendait  à un truc exceptionnel.
















































De quoi être blasé donc, d'autant que Disney avait déjà produit deux versions live plus inventives dans la série Once upon a time (que je ne considère pourtant pas comme une référence). Les deux robes jaunes d'Emilie de Ravin (Belle) arboraient notamment le fameux décolleté de la version dessin animé.



Heureusement, les autres costumes sont bien moins simples, et parfois plus vraisemblables comme la robe blanche très 18ème siècle de Plumette. Au lieu d'arborer une énorme montre, Big Ben a des chiffres écrits sur les boutons de son habit. La Bête a un magnifique habit de bal, et dans le prologue arbore selon la mode d'alors un maquillage lourd et une perruque poudrée (comme tous les hommes) .



 Avant Histoire Eternelle, au lieu du gag d'apprêter la Bête comme le lion avant son entrevue dans le Magicien d'Oz, les serviteurs tentent de remettre du maquillage et une perruque à leur maître avant d'y renoncer.




Belle a diverses variantes de sa robe bleue qui est moins simple, arborant des grandes poches pour y ranger ses livres. Des vestes ont fait leur apparition, et parfois un corset à fleurs (dans la scène où elle portait du vert dans le dessin animé). Sa robe rose est maintenant rouge, et elle a un costume complètement inédit pour la scène finale, une robe blanche ornée de fleurs, rappelant l'habit de mariée de Cendrillon dans la version 2015.




Elle porte toujours aussi sa robe de bal, sans s'être changée, en partant rejoindre son père-comment elle réussit à monter à cheval est alors un mystère. Mais pour aller sauver la Bête, Belle jette sa robe sur le chemin, et finit la scène de climax en corset et jupons blancs ce qui ne choque guère le spectateur moderne. Mais, à l’époque, c'aurait été l'équivalent de se balader en culotte et soutien- gorge (anachronisme mal venu).



Mais le pire pour moi-je le sentais venir dès l'annonce- concerne le casting, et j'ai bien conscience que je serais la seule de cet avis. Alors voilà: devant Belle, j'ai en réalité vu durant tout le film non pas l'héroïne du dessin animé ayant pris chair, mais Hermione Granger en cosplay de Belle-impossible de me défaire cette impression.



Plusieurs raisons à cela: bien sûr que d’habitude je peux différencier Han Solo d'Indiana Jones, mais parce que j'ai vu leurs films respectifs pour la première fois quasi simultanément et que la carrière de Harrison Ford est longue et variée, vu son âge.

Ici, je continuais de voir le Prince, Mrs Samovar, Lumière, Big Ben, Gaston et Maurice derrière Dan Stevens, Emma Thompson, Ewan MacGregor, Ian McKellen, Luke Evans et Kevin Kline.  Pour beaucoup d'entre eux, c'est parce qu'ils passent en fait pas mal de temps sous l'aspect d'une créature en CGI qui ne leur ressemble guère.



 Pour d'autres (comme Luke Evans) c'est parce que je  ne les avais jamais vus auparavant, ou bien, pour Kevin Kline, parce qu'il avait beaucoup vieilli depuis que je l'avais vu dans Le songe d'une nuit d'été. Je n'avais même pas reconnu Ian MacKellen à la fin dans son maquillage assez lourd: l'acteur avait disparu derrière le personnage.

Avec Emma Watson, c'est l'inverse: les maquilleurs ont eu la main légère et fait en sorte qu'elle ressemble plus à elle -même, qu'à Belle. En outre, dans Cendrillon, Alice au pays des merveilles, ou Maléfique, Lily James et Mia Wasikowska dans les rôles éponymes-et Elle Fanning dans celui d'Aurore- étaient passées comme une lettre à la poste pour moi car je ne connaissais pas les actrices jusqu'ici.




Pour Emma Watson c'est un autre son de cloche: elle a, pour moi, déjà incarné une autre héroïne iconique de la littérature, dont elle est encore l'illustration officielle (car malgré qu'il y aie eu des tentatives, les livres n'ont toujours à cette date pas d'autre illustrations ni adaptations, que les films de la Warner).

























Une héroïne aimant aussi la lecture qui plus est.  Et pour moi ce n'est rien qu'Hermione: je n'ai pas vu Noé en 2014, par exemple. Je n'avais pas vu Emma Watson en tant qu'Hermione que dans un seul  film mais dans sept, n'aidant pas à la typer autrement.



 C'est d'ailleurs pourquoi les enfants acteurs (ce qu’elle était) ont d'habitude du mal à se démarquer de leur premier rôle si on les voit grandir dedans- et leur carrière assez courte fait qu'ils n'ont pas encore eu le temps d'avoir des rôles très variés.

En parlant d'Harry Potter, je n'ai pas vu Doctor Who, mais les amateurs de cette série ont souvent dit combien il leur était difficile, dans La coupe de feu, de voir dans Barty Croupton Jr quelqu'un d'autre que le dixième docteur, et auront une idée de ce que je veux dire.


Même photshoppée à mort sur l'affiche, rien n'y a fait, pas un instant je n'ai vu ma princesse Disney favorite, mais Hermione, d'autant qu'elle ne porte le catogan iconique que dans sa première scène. Disney n'a pas fait de casting et voulait Emma Watson dès le départ mais décidément non: pour moi la ressemblance n'est pas fracassante.



A titre de comparaison, Émilie de Ravin et Keegan Connor Tracy, ayant auparavant incarné Belle en live à la télévision "disparaissent" bien plus derrière le personnage- même si, il est vrai, je n'ai pas vu Roswell, le précédent rôle important d'Émilie de Ravin. Keegan Connor Tracy est un cas un peu à part, dans Descendants, elle est une version à la fois vieillie et modernisée de Belle.


Mais Émilie de Ravin m'avait toujours parue physiquement (et vestimentairement comme dit plus haut) convaincante, et plus ressemblante qu'Emma Watson dans le rôle. Je le dis, avec tout le mépris que j'ai pour Once Upon a time (on n'a pas idée d'assimiler la Bête à Rumpelstiltskin...)


Pénélope Cruz dans la série de portraits Disney Dreams me paraissait aussi un visage convaincant pour cette héroïne.




Avant que les adaptations live de Disney soient une chose courante, je me souviens d 'un jeu pratiqué par les fans sur les forums et qui consistait à énoncer son "dream casting" pour une version live des grands classiques. Juliette Binoche, Audrey Tautou et Marion Cotillard étaient alors des noms qui revenaient souvent pour le rôle de Belle, mais Emma Watson n'a je crois jamais été proposée.





Mais, justement: des françaises. Naïvement peut-être, j'ai toujours cru que l'actrice qui serait castée dans ce rôle serait française, certaines parlant très bien anglais, ou alors américaine. Mais non: être britannique (comme Watson, Thompson, Mc Kellen, McGregor...) ; c'est être européen, donc peut-être déjà suffisant aux yeux des directeurs de casting.

Jean Dujardin, lui, était une proposition courante pour Lumière.


Il n' y a pas qu' avec Emma Watson avec qui j'ai eu ce problème: Daniel Radcliffe est pour moi Harry Potter pour les mêmes raisons, point. Peu importe ce qu'il a fait ensuite, (un cadavre atteint de flatulences inclus),

                                                                (oui, il a fait ça.)

je continue de voir Harry Potter avec des cornes ou à poil sur un cheval sur les affiches.





Donc, j'aurais préféré une actrice moins connue devant qui j'aurais pu penser "Oui, c'est Belle et nulle autre." D'autant que si seul un grand nom peut faire déplacer certains spectateurs, moi je ne vais pas voir les films pour les comédiens.


Les premières photos ont beaucoup suscité le commentaire comme quoi Watson semblait triste dessus, et c'est hélas vrai durant la première partie du film. C'est sûr, Belle n'est pas supposée être aussi enjouée que Raiponce ou Anna par exemple, mais tout de même! Dommage de voir Belle, tant qu'elle est dans un environnement hostile, avoir le dos voûté, être renfrognée et ne pas chanter trop fort (même si elle joue mieux qu'à onze ans).



La plupart des acteurs ne sont en fait pas des chanteurs, et la voix d'Emma Watson aurait été corrigée sous auto tune. En VF, pas de problème de diaphragme vu que la voix est celle d'Emmylou Homs...alias Anna dans la Reine des Neiges. Je ne vous raconte pas le résultat schizophrénique (Hermione avec la voix d'Anna déguisée en Belle, donc) lors des séquences de chansons.



 Pour les dialogues, la voix est celle de Léopoldine Serre, ce qui est surprenant puisque la voix habituelle d’Emma Watson est Manon Azem.

Dans le dessin animé, ça me laissait déjà perplexe d'entendre les gens du village dire  que Belle est "la plus jolie du village", car les autres femmes n'étaient pas dessinées plus laides qu'elles. En fait, les trois "bimbettes" blondes et  hyper-sexualisées (Claudette, Laurette et Paulette) semblent beaucoup plus au goût très superficiel de Gaston.



C'est sans doute pourquoi dans le film, ces mêmes personnages (rebaptisées Elise, Louise et Éloïse) sont brunes, et habillées de façon criarde. Mais reste que la plupart des femmes, encore une fois, ne sont pas plus laides qu'Emma Watson, et l'effet bizarre est donc le même.



La Bête, lui aurait eu comme principal reproche de sembler trop humain, mais ça passe pour moi.



Il est moins colérique, et plus sarcastique. Plus intelligent aussi: dans le dessin animé, en lien avec le conte d'origine, la Bête avait perdu tout esprit (ou intelligence) en plus de sa beauté pour qu'il ne lui reste plus que la bonté pour attirer la belle. Dans le dessin animé c'était au point qu'il avait oublié comment lire. Dans une scène supplémentaire de la chanson Humains à nouveau, la Bête paraît découvrir Roméo et Juliette (là encore, Belle semble apprécier cette histoire).



Ici, il trouve cette oeuvre  trop mièvre, et lit plutôt Les chevaliers de la table ronde; les seuls ouvrages de sa bibliothèque qu'il n'aie pas lus sont ceux en grec. On comprend mieux le point de départ de la complicité avec Belle, qui a peu l'occasion de rencontrer des gens qui lisent aussi souvent qu'elle.



Gaston, de son côté, use (contrairement au dessin animé) de l'argument d'aimer les livres pour attirer Belle, mais cette dernière n'y croit guère. Ne connaissant pas Luke Evans avant comme je l'ai dit, je l'ai trouvé au contraire convaincant, plus en tout cas que dans Once upon a time. Dans la série, le pauvre garçon s'en allait légitimement "sauver" Belle de Rumpelstiltskin, pour se faire transformer instantanément en rose (oui, ici, la rose c'est lui). Belle le qualifiait de superficiel mais on en avait jamais vu la preuve. Pour une fois , Gaston était bien le héros qu'il imaginait.



Ici, la ressemblance physique est convaincante, mais le jeu aussi. Son background a été plus fouillé, faisant de Gaston un soldat retraité. Les massacres lui manquent, d'où sa reconversion en chasseur. Les réalisateurs auraient affirmé que Gaston joue les gros bras en raison d'un traumatisme post-guerre. Mais je ne crois pas: Lefou réussit même à un moment donné à le détendre en lui rappelant les horreurs des champs de bataille!



On peut considérer qu'il est presque plus méchant ici, car dans le dessin animé on ignorait si Maurice aurait accepté d’accorder la main de sa fille. Ici, Gaston la demande...et Maurice la lui refuse, deux fois.  La première fois, Gaston avait  accepté de partir  avec Maurice à la recherche de Belle, mais devant le rejet de son père, Gaston le ligote et l'abandonne dans la forêt.


Maurice est délivré par Agathe, puis s'en revient légitimement à Villeneuve accuser Gaston de tentative de meurtre. Et Gaston, une fois de plus, le fait passer pour dément...d'autant plus aisément que la parole d'Agathe, la marginale, ne pèse pas lourd, tandis que Lefou appuie les propos de son comparse Gaston. Belle verra cette fois dans le miroir magique les gens du village tenter de faire interner son père et c'est pourquoi elle vole à son secours.

J'avais dit que Belle avait une beauté moins tapageuse et hyper-sexualisée que les autres dans le dessin animé, rendant l'obsession de Gaston pour elle un peu difficile à expliquer. Dans le film, c'est pareil, donc les scénaristes ajoutent une dimension supplémentaire: Gaston n'aime pas les conquêtes trop faciles, qui manquent de prestige. Il veut Belle précisément parce qu'elle résiste (la seule) et représente donc une "proie" de choix.


En outre, dans le climax, Gaston, plus violent, tire à trois reprises dans le dos de la Bête (mais comment n'en est-t il pas mort?). Ensuite, il ne se contente pas de trébucher: les pétales de la rose, quand ils tombent, semblent ici peser une tonne car ils ébranlent carrément le château. C'est un de ces tremblements qui détruit, sous les pieds de Gaston, la corniche où il se trouvait et le précipite dans le vide.



Dans le dessin animé, Lefou devait avoir le pire patron de la terre (patron, car j'ai toujours pensé que Lefou devait être le valet de Gaston) en plus d'une apparence franchement ingrate.


Mais personne ne peut lui ressembler en vrai (heureusement) et  Josh Gad a un aspect plus sortable tout en faisant en fait un Lefou convaincant. Ayant plus de principes moraux qu'à l'origine, néanmoins. Même s'il ment pour couvrir Gaston, sa conscience l'avait travaillé d'avoir abandonné Maurice dans la forêt. Plus tard, il demande l'aide de Gaston après s'être retrouvé coincé sous Maître Cadenza pendant l'assaut du château, aide que son compagnon d'armes ne lui apportera pas.



Lefou retourne donc définitivement sa veste, contrairement au dessin animé, et sauve Mme Samovar d'une chute avant d'être invité à la célébration finale.

Ce personnage a été à l'origine d'une polémique, ayant été censuré en Malaisie par exemple, où on voyait dans  le film "de la propagande pro-gay" (sic). Pourquoi? Parce que le réalisateur a qualifié Lefou de premier personnage Disney ouvertement gay...mais c'est en réalité à prendre avec beaucoup de pincettes.


D'abord, ouvertement, vous en êtes sûrs? Je veux dire, évidemment, seul le fait d'être amoureux de Gaston peut justifier qu'on le suive  partout et qu'on endure n'importe quoi de sa part, comme il le fait  (même si Lefou est physiquement moins maltraité ici que l'équivalent animé).



C'est lui qui lance la chanson Gaston, qui exprime ladite admiration? Certes. Mais jamais Lefou ne sort verbalement du placard, et semble même n'avoir aucunement conscience de ses penchants.
Il n'y a que deux allusions très discrètes, la première étant  qu'au milieu de la chanson qui porte son nom, Gaston s'étonne de ce qu'aucune fille n'aie encore mis le grappin sur Lefou. Ce dernier répond, non qu'il n'aime pas les femmes, mais que: "Je ne sais pas, peut-être qu'elles me trouvent trop collant."



Lors de la scène finale, pendant la célébration, Lefou se retrouvera à danser avec un homme, Stanley. Avec Dick et Tom, il était à l’origine trois des personnages désignés par l'un des vers de la chanson Gaston du dessin animé. Ce vers avait disparu en VF, et à propos, car ces noms ne font guère français...mais dans le présent film, les revoilà sous ces patronymes.




Dick, Tom et Stanley attaquent Mme de Garderobe, et elle se défend comme dans le dessin animé: un homme tombait dans l'armoire, et en sortait vêtu d'un tutu, d'un soutien-gorge et affublé de la coiffure de Marge Simpson. Evidemment, il sortait du champ de vision en hurlant tout ce qu'il savait.




Ici, les trois hommes se retrouvent maquillés, avec des robes de femmes et des perruques poudrées. Deux s'enfuient en criant aussi, mais Stanley semble apprécier l'expérience. Serait-il gay aussi? Peut-être, mais dans tous les cas ce n'est pas très "ouvertement".

Et puis c'est naïf de penser que ce sont les tous premiers personnages de l'histoire du studio qui semblent gays. Souvenez-vous du Dragon récalcitrant (qui était efféminé et donc très stéréotypé), du Chapelier fou (réputé être en couple avec le lièvre de mars), ou Wiggins, le valet de Ratcliffe dans Pocahontas. Lui aussi est très raffiné, et s'exclame: "Moi, j'vous adore!" quand Ratcliffe déplore d'être impopulaire.





Dans Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata, Timon et Pumbaa rappellent un couple de même sexe ayant "adopté" un enfant, dans les scènes où Simba est encore petit (toutefois ils ne sont que "les amis les plus amis de tous les amis"). Pikly (Lilo et Stitch) se déguise régulièrement en femme et se fait souvent passer pour celle de Jumbaa. Et dans Zootopie, Bucky et Pronk Oryx-Antlerson, les voisins de Judy, seraient un couple masculin à en croire les réalisateurs.






Et là encore un personnage pour le moins secondaire serait concerné par le sujet...Lefou a été ici annoncé comme une révolution, mais que je ne considérerais comme une nouvelle à faire trembler le monde, que l'annonce d'un personnage de Disney très important (héros ou méchant), disant tout haut qu’elle ou il est gay. D'ici là...ça peut encore une fois passer inaperçu.

Toujours dans la modernisation des mœurs, Emma Watson aurait d'abord refusé le rôle, jugeant Belle peu active. Elle a pu ajouter, non seulement la scène d'apprentissage de lecture d'une enfant, mais aussi, une fois au château, elle promet à son père de fuir aussitôt. Dans sa chambre, elle ne pleure pas mais confectionne une échelle à base de robes même si elle renonce finalement à la fuite. Autrement dit, ce que j'aurais aimé voir faire Cendrillon dans le film de 2015.



Agathe, la vieille fille, semble aussi défier les conventions misogynes de l'époque...mais son rôle est en fait plus complexe: elle est en réalité l'enchanteresse! Loin de disparaître après le prologue, elle veille ainsi au déroulement des événements. Elle est même présente lors du climax, remettant en place par magie les pétales de la rose.

Quelle est la valeur ajoutée du live-action? Et bien, une certaine sobriété dans le jeu des acteurs, disons.  Dans la version de 2015 de Cendrillon le focus avait été ramené sur les humains, mieux maîtrisés depuis les années 1950.

Ceux -ci, même harmonieux, étaient devenus très expressifs et vivants, donc très présents, dans les années 1990. Au début de la décennie, les dessins animés Disney avaient un rythme très soutenu, ce que j’appelle "l'hystérie collective des années 90." Sauf que c'est des gestes infaisables par des humains.



Par exemple, bien sûr qu'on en va pas voir Gaston gober  trois douzaines d’œufs, coquilles comprises.


Ce jeu beaucoup plus retenu fait qu'entre autres, il est rejeté par Belle plus calmement, celle-ci claquant la porte derrière elle (ils sont à l'extérieur) au lieu de propulser Gaston de l'intérieur vers dehors.



En partant, celui-ci se contente de mettre les pieds par inadvertance dans une flaque de boue, plutôt que de s'y retrouver tête la première avec un cochon, donc.



Dans les scènes chantées, le dessin animé tirait son inspiration de Broadway-la transposition en scène fut plutôt facile. Le live fait que plus que jamais, pendant les chansons Belle ou Gaston, ça ressemble à une comédie musicale sur scène, même si là encore le jeu des acteurs et la mise en scène est plus "calme" que dans le film d’animation.



Cendrillon, en 2015, avait ajouté pas mal de valeurs à l'héroïne, devenue beaucoup plus de chair et de sang; notamment à travers la moralité de l'histoire tournant autour de la bienveillance et du courage. Mais là, il faut avouer, Belle ne s'est vu ajouter qu'un peu de cran (l'échelle de robes, l'apprentissage de la lecture). Pour le reste, elle a peu changé: c'était déjà, il est vrai, une princesse moderne, donc pas de transcendance du personnage d'origine (que je continuerais de préférer dans sa version originale). Et la morale de l'histoire est ici identique (la vraie beauté vient du cœur).



Il y a tout de même un point commun avec le live de Cendrillon: des détails repris du conte de fée d'origine, et par ailleurs très semblables, concernant un cadeau des pères des héroïnes. Dans Cendrillon, celle-ci demandait qu'il rapporte une brindille, dans La Belle et la Bête, elle désire une rose comme dans le conte, mais c'est pour s'assurer, dans tous les cas, que son père va revenir.

Comme dans la version littéraire, Maurice cueille une rose au château, et provoque par ce fait la colère de la Bête, car dit-il, "J'ai été puni pour la même faute." L'arrivée de Maurice au château rappelle d'ailleurs d'avantage le conte, car il trouve les lieux silencieux et la table mise, sans voir personne. S’apercevoir que Zip parle, ici, provoque sa fuite.

Le meilleur changement, de fait, concerne  l'environnement:  Le château a résolument un aspect rococo qui était effectivement en vogue à l'époque. Ça explique, notamment le motif visuel récurrent des arabesques dorées. Donc c'est beau, très beau, c'est une claque visuelle...