vendredi 2 février 2018

Les modes alternatives: le steampunk





-Le gothique
-Le lolita

Troisième mode alternative, le steampunk.



Qui d'ailleurs, n'est pas qu'une mode, mais un courant culturel complet. On va plus s'attarder sur l'aspect "vêtements", mais une définition plus large s'impose.

Au début était le mouvement cyberpunk (qui associé au gothique a donné la mode cyber), terme inventé en 1984 (les années 80 étant l'époque des punks, donc).


Ce courant littéraire montre un futur très technologique, mais pessimiste et dystopique. C'est le monde selon Blade Runner, Total Recall, Tron, Matrix, etc.



L'écrivain de S.F  K. W. Jeter, auteur de Blade Runner, inventera en avril 1987 le terme steampunk en associant "steam" (vapeur) et "cyberpunk". Les pays francophones parleront aussi parfois de "rétro-futur". Jeter cherchait à définir le style de sa propre oeuvre Morlock's night, et aussi des Voies d'Anubis de Tim Powers,  ou Homunculus de James Blaylock .






Concrètement, il s'agit d'imaginer une uchronie situé dans une période allant du milieu du XIXème siècle à la première guerre mondiale et qui donc regarde vers le passé à l'inverse du cyberpunk qui regarde vers le futur. La technologie serait aussi avancée que la nôtre mais ne marcherait pas à l'électricité-plutôt à la vapeur, dans les limites d'alors.



Des précurseurs furent bien sûr Jules Verne, ou H.G Wells. Leurs romans, qui datent de cette période, décrivent des inventions incroyables et très optimistes.


On trouvait aussi cette technologie délirante dans les cartes postales de 1900 imaginant l'an 2000.



 De vrais inventeurs, comme Nicolas Tesla et Thomas Edison, mettront au point des inventions qui feront faire un bond de géant à la technologie, avec la découverte de l’électricité.


 Mais avec le XXème siècle viendront les dangers de la science.



 Alors pourquoi revenir sur une esthétique "vernienne" dans les années 1980? Selon le numéro de l'émission Bits (sur Arte) consacré au steampunk, c'est pour revenir sur "l'échec" de la science au XXème siècle, et en un temps où on y croyait encore.



Dans la littérature moderne, les sagas Le protectorat de l'ombrelle et Le pensionnat de Melle Géraldine (Gail Cariger, 2012 à 2016) relèvent du genre. Dans une société victorienne où existent les vampires et les loups-garous, on peut aussi trouver une école d'espionnage dans un dirigeable, et des serviteurs mécaniques.



Dans la BD, Princesse Sara (Blackberry) transpose La petite princesse de Frances Burnett dans un tel univers, avec des automates (live-dolls) en guise de domestiques.








































Au cinéma, la fusée sortie des entrailles de la tour Eiffel dans le film A la poursuite de demain relève de l’esthétique steampunk. Normal, elle a été fabriquée par Jules Verne, Gustave Eiffel, Nicolas Tesla et Thomas Edison.



 Et bien sûr certains films ou séries tournent entièrement autour du sujet:  La Cité des enfants perdus, Wild Wild West, Nadia, le secret de l'eau bleue,   La Ligue des gentlemen extraordinaires, Hugo Cabret, Steamboy, Jack et la Mécanique du cœur, Avril et le monde truqué...





Et puis, deux dessins animés des années 2000 parmi les plus mal connus de Disney:  Atlantide, l'empire perdu et La Planète au trésor, un nouvel univers, même si les deux sont des cas particuliers.


























La Planète au trésor s'affranchit de la période victorienne, outre un formidable exemple de "Pirate steampunk", c'est aussi une version qui baigne dans le XVIIIème siècle durant lequel L'île au trésor, qui est la source d'inspiration, a été rédigé.



Atlantide, l'empire perdu se déroule en 1914 et est plutôt un exemple précoce de dieselpunk.



Le dieselpunk, c'est le steampunk transposé au XXème siècle -entre la première guerre mondiale et les années 1950, avec la technologie adaptée à cette époque historique.



Bien souvent, les œuvres dieselpunk se déroulent pendant la seconde guerre mondiale, et c'est là qu'on se retrouve avec des armées de nazis propulsés par des jet-packs.







Comme dans Rocketeer (comics et film), le jet-pack et le casque  portés par Cliff Secord à la veille de la seconde guerre mondiale relèvent totalement de l'esthétique dieselpunk.



Tous les domaines culturels, en fait, peuvent se retrouver en mode steampunk. On peut donner à n'importe quelle célébrité, ou personnage connu, un tel vernis.





Gotham by gaslight et Amazonia sont deux mini-séries de comics qui font subir le traitement à, respectivement, Batman et Wonder Woman.

 























Et la terre 803 chez Marvel à Spider-man, sauf que "Lady Spider" n'est pas Peter Parker mais sa tante May.


Sans compter tous les fanarts qui détournent d'autres héros de la sorte bien sûr.



Me croirez-vous si je vous dis qu'il existe des musiciens steampunk? Comme Steam Powered Giraffe, Clockwork quartet et Vernian process pour ne citer que ceux-là.



Certains lieux sont aussi estampillés comme tels: parce qu'ils datent de la période victorienne et ont l'esthétique recherchée, comme la tour Eiffel, ou bien parce qu'ils sont plus récents mais d'inspiration steam apparente.



Comme le quai de la ligne 11 de la station de métro parisienne Arts et métiers (inspiré du Nautilus de Jules verne), ou Discoveryland, l'un des lands (parties ) de Disneyland Paris (et aussi Discovery Arcade, à Main Street).






D'habitude, dans le reste du monde, les autres parcs Disney ont un land baptisé Tomorrowland, d'inspiration futuriste. Mais les installations s'y sont toujours ringardisées très vite, en ce qu'on ne peut prédire avec exactitude les technologies à venir. En 1955 à l'ouverture, les autoroutes n'étaient pas construites et la lune pas atteinte d'où le révolutionnaire des voitures d'Autopia et des voyages spatiaux. Passés les années 1980? C'était déjà de l'histoire ancienne.





 Dans le cas de Disneyland Paris, on préférera pencher vers le rétro-futur, jamais démodé puisqu'utopiste. Bien vu: ne sommes- nous pas au pays natal de Jules Verne et Gustave Eiffel?




Témoins de cette thématique, le café Hypérion et son dirigeable, Les Mystères du Nautilus, et Orbitron, Machines Volantes.










Auparavant il y avait aussi le Visionarium (machine à remonter le temps, et ses droïdes), et Space Mountain est maintenant thématisé Star Wars, mais à l'origine il s'agissait bien de reproduire le canon de La terre à la lune de Jules Verne.



On peut même se demander si la parade des 25 ans de Disneyland Paris (depuis 2017) n'est pas thématisée de la sorte, entre les rouages, pédales,  et mécaniques présentes sur de nombreux chars (notamment le mécha-dragon Maléfique), et les tenues d'aviateurs de certains personnages comme Tic et Tac.


Sans oublier les costumes des danseurs de Discoveryland, pour la cérémonie des 25 ans proprement dite.

Les lieux concernés  peuvent aussi être privés. Les adeptes du mouvement qu'on appelle steamers ou vaporistes peuvent modifier leur intérieur, voire leur mobilier en conséquence.




 Ça consiste à rassembler des objets vintage, à user de  tons bruns,  à collectionner et exposer des curiosités ainsi que des objets tunés façon steampunk. On ne compte plus les ordinateurs qui le sont. Mais aussi d'autres objets comme des portables, des véhicules, des consoles de jeux, etc.




Et puis bien sûr: il y  a la mode (qui s'est répandue à partir des années 2000) ! Elle n'a pas vraiment de sous -courants en dehors du dieselpunk. Seulement des croisements possibles avec d'autres modes alternatives, comme le gothique, le lolita, mais aussi le cosplay et presque tout ce qui peut vous passer par l'esprit: militaire, western, rockabilly, oriental, pirate, horreur, burlesque, etc.





 Les caractéristiques que je vais lister, puis les accessoires, sont les particularités les plus répandues des vaporistes.


Les vêtements vintage




Il y a bien des façon d'être steampunk, mais tout le monde vous le dira: cette mode ne s’accommode pas du tout des vêtements modernes, en tout cas ceux visiblement datés d'après les années 1950, la limite maximum atteinte par le dieselpunk. On peut imaginer du steampunk associé à des vêtements d'aspect encore antérieur au XIXème siècle habituel; des versions XVIIIème voire médiévales se sont déjà vues.



Mais aller au delà du milieu du XXème siècle? ...Ça va pas être possible, les accessoires steampunk portés sur des habits modernes ne font pas crédibles du tout en général.

On débusque lesdits costumes soit en brocante, soit dans le grenier familial, soit en boutique spécialisée sur internet.

Les coloris

Le marron et le bronze sont les plus courants. "Le steampunk, c'est quand les gothiques découvrent le brun", d'après Charles Strauss.



Pourtant au XIXème siècle, les vêtements étaient déjà colorés, les pièces de musée ou les gravures et tableaux d'époque le prouvent.



Alors? Il se peut que les vaporistes aient été inconsciemment influencés par les photos de l'époque, obligatoirement sans couleur, et en aient  reproduit les tons sépias caractéristiques.




Ou à la rigueur noir et blanc: le gris et le noir se portent beaucoup aussi, notamment dans la variante gothique.



Cela dit, prenant pour preuve que les couleurs existaient, justement, certains vaporistes portent d'autres teintes. Sobres quand même: épinard, pourpre, bordeaux...En accord avec le fait qu'on ne savait alors pas encore faire de couleurs vives, donc le fluo est déconseillé.




Pourtant on peut porter du rose, dans la variante pleine d'humour "steampink". Parfois même les teintes sont vives dans ce cas-là, mais plus que jamais l'aspect vintage est nécessaire pour que le steampunk soit reconnu comme tel.



La machinerie




Le steampunk n'est jamais simple. Trop peu d'accessoires, et il devient méconnaissable. J'ai dit qu'on reconnaît le mouvement culturel  à l'aspect technologique et cela se reflète dans la mode. Le vaporiste à tout intérêt à se couvrir d'un maximum d'éléments mécaniques et complexes. Ce peut être un mécha-faux membre, des montres, des bijoux, des pseudos jets packs, des fausses armes, etc. De préférence en cuivre, avec les rouages visibles et usant de la technologie XIXème bien sûr.









Les accessoires



Les goggles



A ne pas confondre avec le moteur de recherche. Sans doute l'accessoire le plus caractéristique, ce sont des lunettes de plongée d'aspect vintage. Justifié en ce que les premiers conducteurs de voiture et  pilotes devaient en porter, dans des véhicules sans pare-brise, pour se protéger de la poussière.



 Dès la fin du XIXème siècle, les habitacles protégés systématiques rendent les goggles obsolètes et c'est précisément pourquoi (elles donnent l'impression d'être le pilote de quelque engin étrange) elles sont si utilisées par les vaporistes. Les bonnets d'aviateur en cuir peuvent être utilisés aussi, pour la même raison, mais sont bien plus rares.



Les rouages


Autres accessoires très répandus, ils peuvent carrément être montés en bague ou en broche, voire orner un vêtement, un chapeau, un véhicule ou un objet informatique, etc.




 Dans le textile, il peut arriver que des costumes steampunk s'ornent de rouages sous forme de motifs.

 Un accessoire commun, donc, au point d'être cliché. La chanson Just Glue Some Gears On It (And Call It Steampunk) a d'ailleurs parodié ce dernier détail, laissant à entendre que trop de gens se contentent de coller des rouages sur un habit ou un objet pour l’appeler steampunk.



 Pour éviter cette dérive, on conseille d'inventer une histoire au personnage que l'on incarne: pourquoi elle ou il aurait des rouages sur elle ou lui, quels objets lui faut-il, comment peuvent-ils être tunés? Les rouages peuvent du reste être utilisés à bon escient: s'ils sont visibles via une ouverture ou une fenêtre, sur un accessoire mécanique complexe.



Les hauts de formes




Ils servent aux hommes comme aux femmes (les modèles sont plus petits pour elles). Ces chapeaux sont aujourd'hui totalement obsolètes, d'où leur usage. D'autres chapeaux caractéristiques peuvent servir: les bonnets d'aviateur, les  casquettes en tweed, les képis, les casques, les bonnets à visières, les capelines, etc.





Il n'est pas rare d'entasser  des éléments métalliques sur ces chapeaux comme s'il s'agissait de fleurs ou de plumes.




Les pieuvres et tentacules




Ce motif est plus récent mais presque aussi commun aujourd'hui que les rouages. Il est sans doute dû à l'influence d'un autre écrivain d'horreur et de S.F. du XIXème, H.P. Lovecraft, et son oeuvre fameuse L'appel de Cthulu. Ce dernier est un monstre "grand ancien", c'est à dire un géant avec des tentacules pendant à son visage façon Davy Jones.


 Peut-être est pour cette raison que la pieuvre en cuivre qui se porte en pendentif est très présente. 


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Le cuir

Ou le skai, que les vegans se rassurent. C'est la matière par défaut pour les chaussures, sacs, corsets, et parfois chapeaux.


 Il s'agit en effet de porter les matières existantes à l'époque victorienne, comme le coton, ou le lin, mais en aucun  cas des matières plastiques. Les vaporistes ne sont pas près de porter des cirés ou des bottes en caoutchouc.

Les montres et clés




Normal: les montres, c'est mécanique aussi. En version à gousset, bien sûr, on les porte à l'emplacement prévu (dans la poche).



Mais aussi dans les cheveux, sur le chapeau, la ceinture, en pendentif, etc.


Leur mécanisme peut servir aussi, une fois serti comme le serait une pierre précieuse. Seuls les vaporistes, en effet, portent des mécanismes et des engrenages comme des bijoux...







Les clés, éléments métalliques, se portent de la même façon. Il s'agit tant des clés de portes que des remontoirs.




Mais attention: les clés plates modernes ne sont jamais utilisées, seuls les modèles vintage le sont.



Les corsets




Les femmes peuvent, bien sûr, les porter sous leur vêtements en version lingerie comme à l'époque. Mais, comme dans le gothique, elles les mettent aussi par-dessus leurs vêtements, en version cuir. En revanche, contrairement aux gothiques, peu d'hommes vaporistes le font.  Les corsets incluent pas mal d'éléments métalliques comme les rivets et les fermetures semblables à celle d'une boîte en métal.



Les rayures




Ce motif est assez répandu, mais la raison pour cela, elle, est dure à définir.

























Tout juste sait-on que les rayures (presque toujours verticales) sont un élément commun sur les vêtements, mais aussi sur les papiers peints des maisons ou boutiques des vaporistes.



Les bottines et bottes

Le choix de chaussures par défaut. Pour les hommes, ce sera les bottes d'officier, et les femmes portent de préférence le modèle à lacets et talon bobine.



Les escarpins et ballerines sont aussi possibles, mais pas les talons aiguilles, déjà trop modernes. Un bon modèle unisexe est aussi la ranger à lacets.


La plupart des souliers peuvent être customisés à l'aide d'une paire de guêtres à boutons de cuivre; mais à condition d'être en cuir. En aucun cas, les baskets ne pourront convenir...



Les coiffures



Fréquemment inspirées de la période victorienne elles aussi. Les hommes se laisseront souvent pousser la moustache, ou la barbe. Et les femmes se font en général des chignons, mais les laisser libres ne pose aucun problème.




Les armes 



Les vaporistes arborent souvent des armes factices customisées, de préférence à feu. Elles n'ont pas vraiment de prétention à reproduire des modèles historiques de façon précise. Par contre c'est le règne de la fantaisie façon pistolet laser dans Buck Rogers, avec l'arquebuse pour base.



 La taille peut aller du petit pistolet pratique à mettre dans sa poche, au bazooka géant qui sort surtout en convention.



Les mecha limbs




C'est à dire des membres artificiels; semblables aux automails vus dans la série Fullmetal alchemist.



Qui ne sont pas forcément à la place d'un membre manquant, pour les vaporistes. Il s'agit de porter des gants ou des manches recouverts d'éléments mécaniques divers, évoquant une sorte de cyborg (d'où le lien avec le cyberpunk donc), mais vintage (la couleur est cuivrée, et les éléments sont des rivets et des engrenages).



 Il ne s'agit pas de déshumaniser l'homme comme dans la S.F. classique, mais de l'améliorer. A part les bras télescopiques, on peut customiser de la sorte bon nombre d'autres accessoires: les goggles (au point qu'on ne peut parfois plus rien voir avec!) ,



les masques à gaz (ou des masques tout court),


des casques...Et n'oublions pas les éléments à porter sur le dos, à commencer par les pseudos-jets packs.



 On a même vu des fausses ailes, façon oiseau avec les plumes en métal, ou bien en toile à la Léonard de Vinci.



Tout ceci peut être acheté, mais coûte cher. Beaucoup de vaporistes les construisent eux-même, et généralement détournent ou recyclent toutes sortes d'objets: boussoles, pompes à vélo (ou médicale), pistons, jumelles, tuyaux, ressorts...qui peuvent aussi servir à créer les armes précitées.


 Les plus doués prévoient un système d'éclairage, électrique certes, mais qui donne une bonne partie du spectaculaire. Dans certains cas, la machinerie est fonctionnelle et on peut voir les rouages bouger...








Vous vous demandez sans doute: est-on dans le domaine du déguisement? Pas exactement, mais ce style se porte moins dehors que ceux que j'ai évoqué précédemment. Comme avec le lolita, personne n'étudie ou ne travaille en steampunk, le plus souvent.  Il est aussi rarement porté (en solitaire, du moins ) dans la rue à cause du risque d'attirer les regards curieux mais aussi parce que les mecha limbs sont fragiles (ou/et lourds), peu commodes à porter longtemps. En porter dans toute leur gloire est difficile aussi à faire quotidiennement car ils sont longs à mettre. Toutefois, certains vaporistes portent une version simplifiée au quotidien, chez eux (sans machinerie mais avec l'aspect victorien).



Pour voir des vaporistes avec les accessoires au complet, ce sera plutôt en convention, dans les rassemblements lancés par des associations spécialisées, ou dans les jeux de rôles grandeur nature sur ce thème.







Le succès ne se dément pas malgré la difficulté de porter du steampunk au quotidien et s'explique assez bien : contrairement au cyberpunk, dystopique, le steampunk est utopiste. Il est le souvenir d'une âge d'or d'un science encore optimiste.Le futur c'était mieux avant...